L’Avant-Veille de l’hiver 2018

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Des jeux pour mobile transformés en mouchards ? L’espionnage, c’est dans la poche !

Utilisateurs de smartphones et tablettes, il est temps de faire du ménage dans vos applications. Relayée aujourd’hui par la presse française, une enquête du New York Times a identifié plus de 250 jeux mobiles aux pratiques douteuses. Majoritairement dédiés aux appareils Android, ils embarquent avec eux un service nommé Alphonso. Le site Les Numériques précise que ce dernier permet « d’identifier via le micro du mobile ce que vous regardez à la télévision afin de revendre ces informations à des agences de publicité ».

Avec près d’un Français sur cinq équipé d’un smartphone et près de 30 millions de terminaux propulsés par le système d’exploitation Android dans le pays, une large part de la population se trouve donc vulnérable. De quoi raviver les craintes quant à la sécurité de ces compagnons high-tech, embarqués dans nos poches et sacs à main.

Épisode 6 392

Si ces révélations font mauvais genre, ce n’est pas la première fois que la sécurité des mobiles se retrouve mise à mal. Il y a quelques semaines encore, une étude américaine estimait qu’une faille « permet de vous enregistrer à votre insu » sur 80% des terminaux Android. En 2016, une alerte plus sérieuse encore était lancée : avant qu’une série de mises à jour soit initiée, certaines applications pouvaient prendre un « contrôle total du système d’exploitation ».

Un contrôle total du système d’exploitation

Média spécialisé dans la transition numérique, L’Usine Digitale s’intéressait en 2014 à la vulnérabilité de nos mobiles. En se basant sur une étude du Club de la sécurité de l’information français sur les menaces informatiques (Clusif), l’article notait que « les entreprises ne déploient pas suffisamment de solutions d’antivirus et de chiffrement pour sécuriser leurs flottes d’appareils nomades hormis sur les PC portables. Or les téléphones portables et les tablettes introduisent des vulnérabilités dans leur système d’information. »

Parmi les chiffres marquants mis en avant, le fait que « 74 % des entreprises déclarent ne pas utiliser d’antivirus sur les outils nomades de leurs salariés (smartphones et tablettes) ». Pour les services techniques qui se chargent d’équiper les employés, il ne s’agit clairement pas d’un réflexe, alors même que les PC portables « sont systématiquement équipés ». Ce constat ne vaut pas que dans le milieu professionnel : rares sont en effet les particuliers à protéger leurs appareils mobiles des menaces extérieures.

Les mouchards se nichent parfois là où on ne les attend pas. (Illustration CC BY Surian Soosay)

Points critiques

Petits bijoux de technologie totalement intégrés à notre quotidien, les smartphones présentent des caractéristiques qui les rendent sensibles.

La confiance n’empêche pas le contrôle

Le stockage de leurs données devrait notamment faire l’objet d’une attention particulière, estime L’Usine Digitale. « Où sont hébergées leurs données. En France ? Ailleurs ? Auprès d’un prestataire qui est tenu de respecter le Patriot Act américain ? Quel est le niveau de confidentialité qui leur est garanti ?… Beaucoup d’entreprises ne se posent pas la question d’auditer leurs prestataires et de savoir ce que fait l’hébergeur avec leurs données. La confiance n’empêche pas le contrôle », lance le site.

Du côté des usagers, la prise de conscience semble encore timide, et ce, malgré les révélations d’Edward Snowden, qui mettait en lumière en 2013 les méthodes de la NSA aux États-Unis. Dans son sillage, une série d’enquêtes montrait l’étendue de ces espionnages de masse — observés tout autant en Europe —, sans pour autant que l’opinion ne semble s’émouvoir.

Si les applications, et les jeux en particulier, sont aujourd’hui visées, elles traduisent la perméabilité de nos appareils, transformés en parfaits mouchards grâce à leurs micros intégrés. Un aspect à surveiller de près, à l’instar de la géolocalisation. Capables de nous situer avec une précision chirurgicale aux quatre coins du globe, nos smartphones font l’objet d’autres convoitises. Pour un publicitaire, disposer en temps réel de la position de chaque individu se révèle précieux. Il devient alors possible de proposer un produit adapté à ses besoins, réveillant le consommateur qui sommeillerait en lui.

En attendant l’outil miracle gage d’une sécurité absolue, peut-être faudra-t-il revenir à de vieilles méthodes. Préparez les réserves de graines, 2018 sera l’année du pigeon voyageur (ou pas).

Thomas Deszpot 

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