L’Avant-Veille de l’hiver 2018

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par La rédaction
4 min

La gestion des déchets radioactifs, un problème vieux comme l’atome

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu en ce début de semaine un avis quant à la faisabilité du projet d’enfouir 85 000 mètres cubes de déchets hautement radioactifs dans le sous-sol de Bure, un petit village de la Meuse. Le Centre industriel de stockage géologique, Cigéo de son petit-nom, aussi surnommé « la poubelle nucléaire » par ses détracteurs, est la solution retenue par la France pour gérer une partie des résidus radioactifs produits par l’industrie nucléaire. Même si le gendarme du nucléaire a mis en avant des « avancées significatives en termes de sûreté du site », il a en revanche pointé du doigt des risques d’incendie liés à certains types de déchets. L’Andra, l’institution chargée du projet Cigéo doit donc « revoir sa copie » avant de déposer l’année prochaine une demande d’autorisation de construction.

Ce nouveau rapport vient relancer le débat autour de l’épineuse question de la gestion des déchets radioactifs. Faut-il les confiner sous la terre pour l’éternité ou bien les laisser en surface en attendant de trouver une meilleure solution ? Au-delà des questionnements philosophiques et éthiques que ce débat soulève, la problématique est inhérente à la production d’une énergie polluante qui engendre des résidus radioactifs et extrêmement toxiques pendant des dizaines, voire des centaines de milliers d’années.

12 000 à 15 000 mètres cubes de déchets radioactifs par an

Mais cette question ne date pas d’hier. En 1961, déjà, au lendemain du premier essai de la bombe atomique réalisé dans le Sahara algérien, une interview télévisée diffusée sur l’ORTF illustre bien ces inquiétudes. « Ces déchets radioactifs posent actuellement des problèmes de disparition et on ne sait pas trop quoi en faire dans le monde… », pointe le journaliste. À ce constat, le physicien atomiste Boris Pregel, également président du conseil de l’Académie des sciences de New York, rétorque, sûr de lui : « C’est exact, ce problème existe et il faut trouver le moyen de disposer de ces déchets, mais on le trouvera bien, car les problèmes d’ingénieurs ne sont pas des problèmes insolubles. »

Un panneau indiquant un risque de radioactivité.
58 ans après le premier essai de la bombe atomique, la question des déchets radioactifs n'est toujours pas résolue. (Illustration CC-BY Blake Burkhart)
On ne sait pas trop quoi faire de ces déchets radioactifs dans le monde

Or, l’avenir lui donnera tort. Depuis que les pères du nucléaire français ont fait construire des centrales à tour de bras pour obtenir la bombe atomique et gagner une indépendance énergétique chère à leurs yeux, la problématique des déchets radioactifs n’a toujours pas été résolue. Chaque année, les 54 réacteurs en activité qui font de la France le deuxième plus gros producteur d’énergie nucléaire au monde derrière les États-Unis engendrent 12 000 à 15 000 mètres cubes de déchets radioactifs par an. Pour le moment, ils sont entreposés au centre de stockage et de retraitement à La Hague (50) où ils sont vitrifiés dans des conteneurs. Une précaution nécessaire puisqu’ils représentent seulement 4 % de la totalité des résidus produits, mais 99 % de la radioactivité émise.

Faire disparaître ces déchets coûte que coûte

Pendant de longues années, l’option privilégiée par les pays européens était d’immerger ces déchets dans la mer. Ce que la France a fait à deux reprises, en 1967 et 1969, en se débarrassant de 14 200 tonnes de résidus issus du nucléaire militaire dans les fosses de l’océan Atlantique – avant d’ouvrir le centre de La Hague. Sur le long terme, la transmutation nucléaire, qui vise à enlever le caractère radioactif d’un élément, est toujours à l’étude. Ce procédé pourrait être envisagé, sans que celui-ci soit pour le moment efficace à l’échelle industrielle.

« Mais ces mêmes déchets au lieu de les stocker ou de les envoyer quelque part pour toujours, on peut les utiliser pour la production d’énergie ou dans d’autres domaines, c’est un principe tout à fait faisable et je ne connais pas un domaine dans lequel ils ne peuvent pas être employés », suggérait Boris Pregel dans cette même interview. Et le journaliste de conclure : « Donc ce qui est aujourd’hui une inquiétude deviendra demain des auxiliaires de l’industrie. »

Plus de 57 années après, l’Histoire (et les ingénieurs) n’a pas confirmé la prédiction. Si de nos jours, même les solutions les plus farfelues ont été imaginées, comme celles de les envoyer sur la Lune ou encore sur le Soleil où ils s’y consumeraient, le principe reste le même : s’en débarrasser le plus loin possible.

À l’aune de la fermeture prochaine de Fessenheim, ces questionnements prennent une nouvelle ampleur. D’autant plus que la doyenne des centrales nucléaires françaises n’est pas la seule à être concernée par le démantèlement. La loi sur la transition énergétique prévoit de ramener la part de l’énergie nucléaire dans le mix énergétique français de 72% à 50% à l’horizon 2025 et le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a estimé qu’il faudra probablement fermer entre 17 et 25 réacteurs. Alors que la centrale de Brennilis, mise à l’arrêt en 1985, n’a toujours pas terminé son démantèlement, vouloir répondre à la question de la gestion des déchets nucléaires n’est pas chose inutile. Et les prévisions de l’Andra en la matière sont sombres : en 2010 le volume de tous les déchets radioactifs était évalué à 1 320 000 mètres cubes et devrait doubler d’ici 2030.

Julia Beurq 

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