L’Avant-Veille de l’hiver 2018

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
4 min

Pénurie de médecins, un cri dans le désert ?

Alors que le nombre de médecins (toutes spécialités confondues) n’a jamais été aussi élevé en France, et que certaines zones sont largement surdotées, dans certains territoires ; il faut aujourd’hui parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour avoir accès aux soins. Jour après jour, la fracture territoriale s’accentue entre villes et campagnes, entre villes et quartiers populaires. Les motifs invoqués sont divers : crise des vocations chez les généralistes, problème de démographie ou de répartition sur le territoire, baisse de leur temps de travail…

Il faut que ça change !

Edouard Philippe et son gouvernement souhaitent en finir avec ce serpent de mer et légiférer pour trouver une issue à cette crise latente. En cette rentrée parlementaire, les premières propositions affluent à l’Assemblée nationale, et font ressurgir de vieilles solutions un peu réchauffées. La première ? Supprimer le numerus clausus. Mis en place en 1971, il fixe chaque année un seuil maximal d’étudiants en médecine autorisés à passer en seconde année. Outil de sélection impitoyable, il est aussi régulièrement accusé d’accentuer la pénurie de médecins. Autre antienne ayant ressurgi cette semaine : la suppression de la liberté d’installation, qui constitue pourtant l’un des piliers de la médecine libérale à la française. Une proposition qui ravive un débat aussi vieux que la médecine libérale elle-même : comment parvenir à concilier intérêt des médecins et respect du droit à la santé pour tous ?

Et si la solution ne se trouvait ni dans ce type de mesures coercitives, ni dans l’inflation du nombre de praticiens en exercice ? Il y a sept ans, Michel Tramus, médecin généraliste depuis 1976 à Pantin (93), la zone la plus sous-dotée en personnel médical de France, se confiait au quotidien Libération sur la crise de vocation traversée par sa profession. S’il évoquait le problème du numerus clausus, il insistait tout particulièrement sur « les contraintes » qui « gâchaient le métier » et alimentaient une véritable peur de l’installation chez ses jeunes collègues. « Les jeunes sont plus attirés par le salariat que par la médecine libérale, où il n’y pas de congés payés et où les horaires sont extensibles. Ils veulent la sécurité et la tranquillité », expliquait-il à Libé.

Des centres pour pallier l’isolement

Une transformation des pratiques et des aspirations qui peine encore aujourd’hui à faire son chemin. On oublie aussi souvent de dire que la toute première crainte des futurs médecins est d’affronter l’isolement supposé auquel les conduirait une carrière dans une zone sous-médicalisée. « Les médecins ont tendance à s’installer autour des autres structures de santé qui permettent un exercice de la médecine en collaboration », rappelait ainsi Eric May, président de l’Union syndicale des médecins de santé, à L’Humanité, en 2012.

Et de définir ce qui apparaissait selon lui comme la solution susceptible d’endiguer le phénomène : les  « centres de santé » : « Ces structures collectives à but non lucratif permettent, dans un même lieu, de centraliser une offre de soins complète (généralistes, infirmiers, kinés, radiologues, orthodontistes, etc.) et de garantir l’accès à tous par la pratique du tiers payant et le respect des tarifs opposables», expliquait-il à L’Huma. « Cela permet de sécuriser à la fois le patient, dans son parcours de santé, et le médecin qui peut avoir des inquiétudes à aller s’installer tout seul », détaillait-il. « Les médecins y sont salariés, ce qui fait qu’il n’y a plus de rapport mercantile avec le patient. »

Les maisons de santé, des coquilles vides ?

Sauf que ces structures restent financièrement « très fragiles », ce qui expliquerait que le concept peine encore à prendre en France. « Il faut savoir que les missions sociales des centres, la pratique du tiers payant et la promotion de la santé publique, ne sont financées ni par l’État ni par la Sécu », commentait Eric May. « Cela entraîne des déficits structurels que le mode de financement classique, paiement à l’acte, ne suffit pas à compenser. En clair, on a des structures créées par la loi, pertinentes, avec des missions précises, mais sans financement adéquat ! » Pour améliorer ce modèle économique bancal, Eric Vernay suggérait en 2012 qu’un financement de la pratique du tiers payant soit mis en place.

Depuis, les gouvernements successifs ont privilégié le financement et le développement de « maisons de santé » qui, elles, reposent sur le regroupement de médecins libéraux. Une stratégie à rebours de toutes les études qui indiquent, chez les généralistes, une tendance structurelle à préférer le salariat à l’installation à leur compte. Dès lors, faut-il s’étonner si – parmi les 1200 maisons de santé qui irriguent le territoire -, entre 5 et 10% font aujourd’hui figure de coquilles vides, faute de médecins pour les occuper ?

Elena Scappaticci 

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