L’Avant-Veille de l’hiver 2018

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par La rédaction
5 min

Voitures autonomes : la Silicon Valley passe la seconde

Aux côtés des traditionnelles petites citadines, des belles berlines et des imposants SUV, les voitures électriques pointent désormais le bout de leur calandre dans les salons automobiles. Une petite révolution qui en appelle une autre : celle des véhicules autonomes. Dépourvus de chauffeurs et bardés de capteurs, ils vous permettent de voyager sans vous préoccuper de la route, leurs systèmes informatiques embarqués se chargeant de vous guider et d’éviter les obstacles sur votre chemin.

Pour ne pas se laisser déborder par ces avancées technologiques, les parlementaires observent de près les progrès des derniers prototypes. Un débat a d’ailleurs lieu ce 31 janvier au Sénat sur le sujet. Son intitulé ? « Véhicules autonomes : enjeux économiques et cadres légaux ».

Pour conduire une stratégie nationale autour du véhicule autonome, Anne-Marie Idrac a été nommée. Cette ancienne secrétaire d’État aux Transports dans le gouvernement Juppé (entre 1995 et 1997) a d’ailleurs été auditionnée par la Haute assemblée. L’ancienne présidente de la RATP et de la SNCF a partagé un « espoir », celui que « les véhicules autonomes contribuent à une mobilité plus sûre et écologique ». Tout en intégrant les expérimentations « au plus tôt dans les politiques de mobilité locale, au-delà de l’effet de démonstration ou d’image ».

Les yeux rivés sur la Silicon Valley

L’intérêt croissant des pouvoirs publics pour les véhicules autonomes ne doit rien au hasard, le secteur étant en pleine expansion. Pour mesurer les avancées des ingénieurs automobiles, il faut prendre la route. Direction la Californie.

Connue pour abriter le siège des plus grandes compagnies high-tech – Microsoft ou Facebook pour ne citer qu’elles -, la Silicon Valley se diversifie. Après avoir été le berceau de startups devenues d’immenses entreprises cotées en bourse, la voilà qualifiée par le Huffington Post au printemps 2016 de « nouveau lieu hype de l’automobile ». Et pour cause : quelques mois auparavant, « le géant Toyota annonçait la création d’un laboratoire d’Intelligence artificielle […] où il investira un milliard sur cinq ans. […] Il n’est pas le seul. Nissan, Mercedes Benz, Ford, Volkswagen ou encore Renault sont présents. »

Une concurrence farouche pour attirer les ingénieurs automobiles

Même les géants Apple et Google s’y mettent avec ferveur, des firmes qui n’ont au départ rien à voir avec le monde des transports. Conséquence logique, le site précise qu’à l’heure actuelle, « la majorité des tests de conduite de voiture autonome » ont lieu en Californie, à l’endroit même où sont basés ces entreprises et leurs ingénieurs hautement qualifiés. Pour favoriser ces activités d’un nouveau genre, les autorités californiennes ont utilisé les pouvoirs à leur disposition. Il y a quelques mois, l’État de Californie annonçait assouplir « le cadre des tests de voitures robots menés sur son territoire ». L’illustration, selon Les Échos qui relataient la nouvelle, d’une « concurrence farouche pour attirer les ingénieurs automobiles ».

L'intérieur d'une voiture autonome développée par Google. Il n'y a ni volant ni levier de vitesse.
L'habitacle des futurs véhicules pourrait ressembler à ceci. Exit le volant ou le levier de vitesse. (Illustration CC0)

En coulisses, les chercheurs en informatique s’activent farouchement pour faire évoluer la technologie. Aux États-Unis, pays où la voiture occupe une place centrale, ces (r)évolutions récentes ne manquent pas d’attirer l’attention. Le site d’information Quartz se penchait en septembre dernier sur les avancées majeures que connaît actuellement l’automobile. Outre la voiture autonome, il mentionne les modèles 100% électriques et le transport partagé, symbolisé par des plateformes telles qu’Uber ou Lyft. Ces trois domaines ? « Silicon Valley thinks it can dominate all three », assure Quartz. Comprendre : « La Silicon Valley pense pouvoir tous les dominer », rien que ça.

Naufrage à Détroit

L’euphorie californienne tranche avec la morosité qui sévit à 3000 kilomètres de là, dans le Michigan. Sa capitale, Détroit, a en effet pris des allures de ville fantôme à mesure que son industrie périclitait. La fuite de ses habitants (elle est passée de 5e ville américaine la plus peuplée à 18e aujourd’hui) a accéléré son déclin, si bien qu’en 2013, subissant les contrecoups de la crise économique des subprimes, elle s’est déclarée en faillite. « Les usines ont fermé et les écoles, salles de bal et bibliothèques ont été désertées » écrivait Libération en 2010, « la ville est devenue synonyme de chômage, de violence et de gangs. Iggy Pop, MC5 et Eminem ont chanté la misère et l’ennui de la cité déchue. »

Avant d’attirer les photographes dans ses ruines, Détroit a connu la prospérité. « Entre les années 1920 et les années 1960 […] elle symbolise alors toute la puissance de l’industrie automobile américaine qui, à elle seule, emploie sur place plus de 300 000 personnes », rappelaient en 2013 Les Échos. Des marques historiques y ont vu le jour, de Ford à General Motors, si bien qu’au fil des années, son statut de berceau de l’automobile américain a valu à la métropole le surnom de « Motor city », la ville du moteur. Durement touchée par la crise économique de 2008, Détroit a survécu tant bien que mal à ces années de galère. Son industrie, sauvée in extremis, tente désormais de repartir de l’avant. Pour retrouver la route du succès, les constructeurs investissent dans ces centres de recherche au sein de la Silicon Valley, les mêmes que ceux développés par leurs concurrents.

Ford et GM veulent développer leurs propres voitures autonomes

Dans le même temps, « Ford et GM veulent développer leurs propres voitures autonomes et ont effectué une série d’acquisitions à plusieurs milliards de dollars de jeunes pousses spécialisées dans l’intelligence artificielle et des capteurs sophistiqués pouvant détecter la présence d’objets ou évaluer les distances », constate Capital. Si les investissements en recherche et développement profitent à la Californie, Detroit pourrait à terme prendre en charge la production des modèles, profitant de l’implantation de nombreuses usines et de sa culture industrielle.

Pour les constructeurs traditionnels, poids lourds de l’économie américaine, le virage reste malgré tout assez brusque : au pied du mur, ils doivent se réinventer pour ne pas laisser aux nouveaux entrants affamés la possibilité de les dévorer. Avec ses véhicules électriques, le constructeur Tesla fait partie de ces agitateurs, venus bousculer les codes affichant l’innovation comme maître mot. Incapable de tenir ses objectifs de production, la marque parvient pourtant à dépasser la capitalisation boursière d’institutions centenaires telles que Ford.

Pas totalement distancés, les constructeurs historiques peuvent s’appuyer sur leurs ressources manufacturières et le savoir-faire de leur main d’oeuvre. À défaut de concevoir les modèles de demain, leur avenir passera peut-être par leur production. Une mutation aussi conséquente que nécessaire et qui pourrait leur éviter de finir sur une voie de garage.

Thomas Deszpot 

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