L’Avant-Veille de l’hiver 2018

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
4 min

Vos salariés coûtent trop cher ? Remplacez-les par des machines !

Devenu incontournable dans le domaine du e-commerce, Amazon lorgne de plus en plus sur la grande distribution. L’entreprise américaine planche depuis quelques années sur le supermarché du futur et vient de dévoiler un concept qui pourrait préfigurer la manière dont vous ferez vos courses d’ici quelques années. C’est à Seattle qu’est né le premier « Amazon go », un magasin où le client scanne le code-barre rattaché à son compte en entrant dans le magasin, avant de remplir son caddie. La nouveauté ? Il ressort sans passer à la caisse.

Le système tout entier repose sur des capteurs, disposés en masse à travers les rayons. « Ils sont capables de détecter en temps réel ce que les utilisateurs prennent […] ou reposent », explique ce lundi Europe 1, avant de préciser que « le système fonctionne également si l’utilisateur change d’avis et repose un article ».

Chômage technique...

Premier du genre, ce magasin doit servir de test grandeur nature à Amazon. En cas de succès, cette recette pourrait s’exporter dans d’autres villes américaines et/ou en Europe. Il ajoute en tout cas de l’eau au moulin de ceux qui prédisent une destruction massive des emplois dans le futur, à mesure que se poursuivent les progrès technologiques.

Il y a presque deux ans jour pour jour, Europe 1 s’intéressait déjà à ce sujet. La radio évoquait alors l’arrivée d’une « 4e révolution industrielle ». Au menu : des destructions d’emplois par milliers et « l’avènement d’un mythe : l’usine intelligente, connectée, automatisée et plus flexible ». Après les bouleversements « provoqués par l’invention de la machine à vapeur (fin XVIIIe), puis de l’électricité (fin XIXe) et enfin de l’informatique », plusieurs disciplines se déploient aujourd’hui pour mettre en oeuvre ce basculement vers une nouvelle ère : « les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, les biotechnologies ou encore le big data ».

Votre métier, comme des centaines d’autres, est en danger d’extinction

Avec la disparition croissante des pompistes dans les stations-services ou l’arrivée des caisses automatiques dans les supermarchés, de nombreux métiers semblent aujourd’hui en sursis. « 47 % des emplois seraient automatisables d’ici 20 ans », titrait notamment L’Humanité en août 2014. « Vous êtes expert-comptable ? Assistant juridique ? Trader ? Représentant de commerce ? Agent immobilier ? Courtier en assurances ? Votre métier, comme des centaines d’autres, est en danger d’extinction », écrivait quelques mois plus tôt l’hebdomadaire belge Le Vif. Ce dernier s’appuyait sur une étude britannique pour prophétiser la disparition de « 320 métiers », bientôt rendus obsolètes « par la révolution numérique ».

Un homme machine sort sa tête d'un cadre. Il ressemble à un cyborg.
Une machine prendra-t-elle bientôt notre job ? (Illustration CC-BY JD Hancock)

Assez alarmistes, les différents travaux relatifs à l’automatisation dressent des bilans plutôt disparates. L’ampleur du phénomène varie d’un rapport à l’autre, sans compter les écarts entre les territoires, qui ne sont pas tous aussi vulnérables. Si l’on en croit le quotidien économique La Tribune (qui relaie des observations de la Banque mondiale), « en Éthiopie, 85% des emplois pourraient être détruits, contre 77% en Chine ou 72% en Thaïlande ». Les pays « les plus pauvres, les plus industriels ou ceux qui ont bénéficié de délocalisations des sites de production qui seraient les plus touchés ».

...ou pas.

Faut-il commencer à songer à une reconversion ? S’inscrire à Pôle emploi ? Partir en retraite anticipée pour éviter de voir une machine effectuer vos tâches ? Voilà même que l’on songe à remplacer les journalistes par des robots et des algorithmes ! Avant de crier au loup, il s’avère utile d’analyser l’Histoire avec un grand « h ». C’est ce qu’a entrepris le professeur d’économie Gilbert Cette. Devant les « fortes anxiétés » suscitées par « les effets de la révolution numérique sur l’emploi », il a publié un billet sur la plateforme Thélos et tenté d’apporter de la nuance aux débats.

L’évaporation de l’emploi pour cause d’innovations toujours démentie

Dans ce texte, il explique que la peur de perdre son emploi suite à des progrès technologiques revient de manière « récurrente depuis l’amorce des premières révolutions industrielles ». Des craintes selon lui infondées, puisque « l’évaporation de l’emploi pour cause d’innovations » a toujours été « démentie » au fil des époques.

L’enseignant, qui dispense des cours à l’Université d’Aix-Marseille, assure qu’une « émergence d’innovations, facteurs de gains de productivité importants, s’est toujours accompagnée d’une large extension de la sphère de consommation des ménages – les nouveaux biens produits appelant à des créations d’emplois qui se substituent aux emplois détruits par les gains de productivité ». Quand bien même des métiers seraient amenés à disparaître, Gilbert Cette insiste sur une dimension à ne pas négliger, « celle de la transition ». Dans « de nombreux domaines », estime l’économiste, il est en effet possible de « donner de nouvelles qualifications aux actifs concernés » par ces mutations. De quoi modérer les craintes de chômage de masse souvent soulevées.

Si Amazon parvient à faire l’économie des caissiers et caissières dans ses magasins, les salariés ne seront pas forcément tous lésés. Chaque heure, assis sur leurs sièges, ils soulèvent environ 800kg de boîtes de thon, paquets de lessive et autres bouteilles de jus de fruits. Les métiers qui pourraient disparaître sont souvent parmi les plus pénibles, usants tant sur le plan physique que psychologique. Difficile, vu sous cet angle, de regretter leur suppression programmée. Se posera pourtant à l’avenir la question de ces futurs ex-employés. Trouver comment les reclasser pour éviter que ce soit eux, en bout de chaîne, qui paient les pots cassés.

Thomas Deszpot 

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