L’Avant-Veille de l’hiver 2018

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par La rédaction
4 min

Quand les opérateurs de poker en ligne se retrouvent au tapis

Acteur historique sur le marché du poker en ligne, le site Winamax accueille chaque jour des milliers d’internautes lors de tournois et parties endiablés. On y joue de l’argent réel, si bien que les plus habiles bluffeurs ont transformé ce jeu en un véritable gagne pain. Si « Wina » rassemble les meilleurs joueurs au sein d’une équipe de professionnels, écumant les tournois à travers le monde, le site poursuit son expansion avec le lancement d’une web TV. L’opérateur souhaite avec cette annonce entrer « dans une nouvelle dimension » et poursuivre sa quête de notoriété. Afficher sa réussite et développer de nouveaux services, rares sont pourtant les sites de poker à pouvoir se le permettre, au contraire. Autour de la table, les acteurs du marché sont tombés les uns après les autres ces dernières années, laissant Winamax et ses rares concurrents en situation de quasi monopole.

Dernier des Mohicans

Plateforme créée en 2005 sous sa forme actuelle, Winamax a survécu à un incroyable écrémage, une hécatombe qui a suivi de près l’autorisation du poker et des paris sur Internet en 2010.

Cette année-là, l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) voit le jour. C’est elle qui s’est chargée de délivrer, lors de ses premiers mois d’existence, une flopée d’agréments. « 48 licences » ont été octroyées « à 35 opérateurs, dont 25 pour le poker », précisait en 2013 La Tribune. Le quotidien économique tentait alors de dresser un premier bilan de cette toute jeune activité, durant longtemps cantonnée à l’illégalité. Un état des lieux pour le moins critique puisque l’auteur évoquait alors un « vrai fiasco en France ».

71 millions d’euros de pertes d’exploitation en trois ans

Si l’ouverture actée en 2010 a permis d’attirer « de nombreuses sociétés […] persuadées de réaliser d’importants bénéfices », nombreuses sont celles qui se sont effondrées et ont « jeté l’éponge ». Fins connaisseurs des jeux d’argent, les groupes de casinos s’étaient engouffrés dans ce filon, avant de déchanter. Le géant Barrière, qui s’était associé à la Française des jeux, a tiré sa révérence, accusant « 71 millions d’euros de pertes d’exploitation en trois ans ». Partouche, son concurrent, a lui aussi fermé sa plateforme face au manque de rentabilité de cette activité.

Aujourd’hui, l’Arjel n’encadre plus que 15 opérateurs, dont seulement 7 proposant du poker. Interrogé par La Tribune, un analyste a tenté d’expliquer cette décrépitude rapide : « Au début, Il y a eu un emballement général », se souvient-il. « Tout le monde voyait le poker en ligne comme le Graal, et une pléthore d’acteurs a foncé tête baissée. Mais tous ont très largement surestimé le potentiel de ce marché. »

Une table de poker avec des jetons et des cartes.
Le poker en ligne n'est pas devenu l'énorme marché escompté par les opérateurs. (Illustration CC-BY Poker Photos)

Le mirage du pactole

Comment expliquer que des institutions du casino, déjà plongées dans le monde du jeu, se soient fourvoyées ? Sans doute car elles accusaient dès le premier jour du retard par rapport à leurs concurrents. « Les pure players, tels que Winamax ou Pokerstar [75% du marché à eux deux, NDLR], ne partaient pas de zéro, contrairement aux autres. Ils avaient déjà un portefeuille de joueurs conséquent dans la mesure où de nombreux joueurs français avaient déjà un compte chez eux avant que le poker en ligne ne soit autorisé dans l’Hexagone », note La Tribune. De plus, « un joueur est habitué à une plate-forme de jeu, une interface, il est compliqué de le convaincre à en changer ».

Un joueur est habitué à une plate-forme de jeu, une interface

Les nouveaux entrants se sont aussi montrés trop optimistes. Derrière l’engouement pour les paris sportifs, qui se confirme lors des grandes compétitions telles que l’Euro de football, le poker en ligne peine à se faire une place. Il ne représente que 2% du chiffre d’affaires réalisé chaque année par les jeux d’argent dans l’Hexagone. Une goutte d’eau comparée aux jeux de loterie et de grattage, qui pèsent pour 40%.

Le déséquilibre est d’autant plus marqué que chez les habitués du poker « online », « 1% des joueurs réalise 60 % du montant total des mises ». Pour rendre plus attrayante cette activité et séduire de nouveaux internautes, La Tribune liste quelques pistes. Diversifier les formats de jeu autorisés, mais aussi proposer une ouverture européenne ou internationale, par le biais de partenariats. Une adresse postale française est en effet indispensable pour que soit validé un compte.

Ce mouvement est en marche : dans les semaines et mois qui viennent, « des tables de poker franco-espagnoles seront offertes aux joueurs des deux pays », vient d’annoncer l’Arjel dans un communiqué. En attendant d’autres accords, similaires à ceux qui ont permis la création de l’Euromillions, unifiant plusieurs organismes nationaux en charge de la loterie. De quoi permettre au poker en ligne de décoller pour de bon ? Jusqu’à présent, la poule aux œufs d’or a surtout ressemblé à un habile coup de bluff.

Thomas Deszpot 

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