L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
2 min

Depuis 1876, des élections sous haute abstention

Alors que les injonctions à voter au second tour de la présidentielle font rage contre les abstentionnistes déclarés, il est de bonne augure de jeter un coup d’œil dans le rétro de la presse. Tancés de toutes parts depuis quelques jours, les électeurs sont priés de glisser un bulletin pour faire barrage au Front National. Mais il se trouve que les votes nuls et blancs déchaînent les passions de la presse depuis (au moins) les élections législatives de 1876.

La maladie de l'abstention

Une archive du 20 février 1876 du très conservateur Journal des débats politiques et littéraires montre à quel point, au XIXe siècle, le bulletin blanc était déjà honni. Une coupure de presse parmi d’autres recensées par RetroNews, le site de la Bibliothèque Nationale de France qui a numérisé trois siècles de presse. L’abstention n’est pas épargnée non plus ces dernières décennies, elle qui serait « le fait d’esprits chagrins, blasés, désabusés, hargneux, jaloux, parmi lesquels il faut compter aussi quelques originaux et quelques naïfs ».

Un groupe de notables autour d'une table.
Vote blanc et abstention provoquent l'ire des notables. (Illustration CC0 domaine public)
L’abstention est une maladresse et une faute

Le journal, paru à quelques heures du scrutin, lance un dernier appel aux électeurs : « Nous les supplions de ne point s’abstenir, de voter, de jeter dans l’urne un bulletin portant un nom ; et en second lieu de choisir, parmi les candidats qui briguent leurs suffrages, des républicains conservateurs. » Et le journaliste de s’agenouiller, les mains jointes : « dans un pays de suffrage universel, l’abstention est une maladresse et une faute. » Drôle d’écho aux tribunes enflammées qui circulent depuis dix jours.

Avant Emmanuel, Mac Mahon

Comme aujourd’hui, à l’orée d’un nouveau cycle de cinq ans, Francis Charmes, le journaliste auteur de l’article, remet en perspective l’importance du scrutin, une journée « que c’est trop peu de l’appeler solennelle ». Il résume en ces termes le débat en 1876 : « Pays passionnément conservateur, nous nous rappelons les voix qu’elle [la France, NDLR] a données autrefois dans ses plébiscites à un régime qu’elle supportait sans l’aimer ; les refuserait-elle à un gouvernement qui n’est pas sorti d’un coup d’État, mais de la libre discussion, et qui est confié aux mains les plus fermes et les plus conservatrices. »

Peine perdue pour les conservateurs : à l’issue du scrutin qui a couronné les républicains, une difficile coexistence a vu le jour avec le président Mac Mahon, monarchiste. Un retour de flamme qui préfigure la situation politique des semaines à venir ?

Cette archive de 141 ans a été dénichée par notre partenaire RetroNews. Vous pouvez la retrouver – avec des millions d’autres – sur son site officiel.

Claire Berthelemy 

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