L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

À Roland-Garros, le sexisme reste en lice

44 secondes de malaise. C’est la vidéo qu’on retiendra du deuxième jour de compétition à Roland-Garros. Il n’y est point question de tennis mais d’agression sexuelle : interrogé en direct par la journaliste d’Eurosport Maly Thomas, le tennisman français Maxime Hamou la retient et tente de l’embrasser à plusieurs reprises, face caméra. Au son des rires des commentateurs (quatre hommes et une femme) de la chaîne sportive.

« J’espère que tu te feras violer »

Le harcèlement sexuel envers les femmes journalistes couvrant l’actualité sportive ne se limite pas à l’enceinte de Roland-Garros. Diana Tourjee, reporter américaine, s’y intéressait dans un article paru sur la version française de Vice, en octobre 2016, sous le titre : « ‘J’espère que tu te feras violer !’ ou comment être femme et journaliste sportif en 2016 ».

Tout part d’un procès en illégitimité, selon Diana Turjee. Le sport de haut niveau reste un milieu largement masculin, peu enclin à valoriser la parole des femmes. Exemple parmi d’autres, ce journaliste sportif qui glisse à l’une de ses collègues en début de carrière : « Pourquoi y a-t-il une paire de seins qui parle de baseball à la télé ? ».

Or, ces remarques sexistes se doublent parfois de menaces bien réelles. Avec le web pour meilleur terrain de jeu. Le magazine Vice relate l’exemple de Kavitha Davidson, une journaliste de Bloomberg mise sous protection policière après qu’un homme a appelé sur Twitter à la violer. « Après ça, il a posté une photo de Google Maps avec l’adresse de Bloomberg, là où je bosse », raconte la journaliste au sujet de l’auteur des menaces.

Une joueuse de tennis est photographiée de dos alors qu'elle s'apprête à servir
Une joueuse de tennis sur un terrain de Roland-Garros (Photo CC BY superseb694)

Passion sans limites

« Il n’est pas étonnant de voir des passionnés de sport défendre une conception tronquée de la virilité », expliquait en 2016 Andrew Smiler, un psychologue interrogé par Vice, pour qui « le sport a toujours été l’étendard d’une certaine masculinité ». Si les milliers de messages publiés sur Twitter depuis hier semblent assez unanimement condamner le comportement de Maxime Hamou vis-à-vis de Maly Thomas, des trolls et des « passionnés de sport » réfutent l’accusation d’agression sexuelle, préférant parler de « jeu potache ».

De nombreuses voix n’hésitent pas à minimiser ce harcèlement

Après tout, comme l’avance Julien Courbet dans l’émission de C8, Touche pas à mon poste, le comportement de Maxime Hamou s’expliquerait par son abus d’alcool avant l’interview. Surtout, il aurait pu faire de même face aux confrères masculins de la jeune femme. Une illustration parfaite des propos de Sarah Pain, journaliste sportive interrogée par Vice en 2016 : « De nombreuses voix n’hésitent pas à minimiser ce harcèlement, considérant qu’il est tout à fait logique lorsque l’on est une figure médiatique au XXIe siècle. Le problème, c’est que les critiques les plus violentes visent toujours les femmes. »

Quelques heures après avoir commis son forfait, Maxime Hamou a finalement présenté ses excuses à la journaliste « si elle s’est sentie blessée ou choquée », dans un communiqué publié sur Instagram. Pas sûr que ces quelques mots suffisent à redorer l’image d’un tennis français entaché de dérapages sexistes. Il y a quelques mois, le Niçois Gilles Simon assumait sans détour l’inégalité des salaires entre joueurs et joueuses du circuit. « Est-ce que je vais m’attirer les foudres des associations féministes ? Je m’en fous », avait-il lancé. Qu’importent les critiques, balayées d’un revers de main.

Retrouvez en intégralité l’article de Vice publié le 26 octobre 2016.

Pierre Leibovici 

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