L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Pour le bac, il est toujours l’heure de revoir sa copie

« Nous moderniserons le baccalauréat », assure avec force le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, dont le discours s’inscrit dans le programme annoncé par le candidat Macron pendant sa campagne. Fraîchement nommé, il souhaite réformer le plus célèbre des diplômes français et le rendre « plus musclé qu’épais ». En somme, le recentrer autour d’un tronc commun, à l’instar du brevet des collèges.

Surtout, il fait resurgir l’ombre d’un vieux serpent de mer, habitué des tumultueuses eaux françaises. D’autres avant lui se sont essayés à réformer le bac. Un échec cuisant. François Fillon fut l’un des derniers à s’y casser les dents, nous étions alors en 2005.

Un bac inamovible

Plus tôt encore, quelques jours après la prise de fonction de Jacques Chirac à la présidence de la République, en mai 1995, L’Express qualifiait déjà le sacro-saint rite de passage de « scandale ». L’hebdomadaire déplorait sans ménagement sa complexité et les coûts engendrés pour la collectivité. À mesure que le nombre de candidats augmentait, mettre en place chaque année un dispositif aussi lourd  – conception, organisation, corrections – est devenu de plus en plus délicat. Surtout quand s’y ajoute le jeu des options.

Aucun pays n’a inventé un examen aussi monstrueux

« Il existe près de 80 variétés de bac », lance alors le journal, avant de poursuivre : « l’organisation des épreuves coûte plus de 1 milliard [de francs, NDLR]. Aucun pays n’a inventé un examen aussi monstrueux. »

Ce bac version 1995 était à l’époque qualifié d’« examen de tous les dangers ». L’Express souligne qu’après un « ravalement hâtif », les craintes ne cessent de s’accentuer. L’hebdo donne la parole à un responsable de l’examen qui déclare, sous couvert d’anonymat : « Avec les meilleures intentions du monde, les pédagogues ont fabriqué une véritable usine à gaz, une sorte de monstre à la française. Nous employons toutes nos énergies afin que ce bac ne dégénère pas en catastrophe. »

Des lycéens manifestent dans la rue.
Les lycéens dans la rue, une vision d'horreur pour les politiciens. (Illustration CC BY Grégoire Lannoy)

Pas touche au mammouth

Options indénombrables difficiles à gérer, polémiques autour d’une supposée hégémonie des mathématiques, critiques sur la place donnée aux épreuves orales… Spécialistes de l’éducation et responsables politiques s’écharpent depuis des décennies pour déterminer la meilleure manière de faire évoluer cette énorme machine qu’incarne le baccalauréat. Il y a 22 ans déjà, L’Express estimait que l’examen devait être « simplifié et allégé ». Il était décrit comme un patient souffrant « d’obésité et de lourdeurs ».

On est plus près du sur-mesure que du prêt-à-porter

Parmi les reproches les plus souvents formulés, ceux concernant les options facultatives sont quasi systématiques. « On est plus près du sur-mesure que du prêt-à-porter », raille L’Express, qui s’appuie sur le témoignage d’Yves Quinteau, membre du rectorat de Lyon. « Je dois gérer 24 bacs différents pour l’enseignement général, au lieu de 8 autrefois », résume l’intéressé. À ce décompte, il convient ensuite d’ajouter les bacs technologiques et professionnels. Une gageure.

Chantre du renouvellement, Emmanuel Macron s’attaque à un défi majeur en voulant entamer une réforme du bac. Il devra se méfier des étudiants, toujours prompts à défiler face à des projets de loi qui peinent à les satisfaire. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on prête à d’anciens hauts responsables de l’Éducation nationale la célèbre phrase suivante : « Les lycéens, c’est comme le dentifrice : quand ils sont sortis du tube, on ne peut plus les faire rentrer. » Jean-Michel Blanquer est prévenu, il faudra les brosser dans le sens du poil.

Retrouvez en intégralité l’article de L’Express, publié le 25 mai 1995.

Thomas Deszpot 

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