L’Avant-Veille du printemps 2017

Nous voilà lancés à toute allure dans la campagne présidentielle. À n’en pas douter, ce printemps sera politique ou ne sera pas. De débats passionnés en prises de position tranchées, l’actualité voit plus que jamais germer les réflexions autour des grands enjeux de société.

par La rédaction
3 min

Les banques jouent à cache-cache au paradis avec le fisc

« La palme de l’employé de l’année est décernée à l’employé de Barclays au Luxembourg, qui avec 13 millions d’euros de bénéfice réalisés détient une productivité 348 fois supérieure à ses homologues dans les autres pays », lance, grinçant, le réseau d’ONG Oxfam. En cette fin mars, il publie un rapport épicé intitulé « Banques en exil : comment les grandes banques européennes profitent des paradis fiscaux. »

L’une des pratiques les plus courantes ? Déclarer d’importants bénéfices aux Îles Caïmans, au Luxembourg ou à Malte, pays à la fiscalité (très) avantageuse pour les entreprises. Ce qu’Oxfam nomme un « tour de passe-passe comptable » puisqu’elles n’y exercent qu’une infime partie de leur activité.

Sous le soleil des tropiques

Les établissements bancaires français ne sont pas épargnés. Leurs pratiques sont connues de longue date : ils « font dans le tourisme offshore », écrivait ainsi en 2009 le magazine Alternatives économiques. « Selon notre enquête, BNP Paribas, le Crédit Agricole et la Société Générale y disposent à elles trois de 361 entités », précisait le mensuel.

Les paradis fiscaux, repères de banques en mal de soleil ? (CC BY-SA-Vicente-Villamón)
BNP Paribas apparaît comme le mauvais élève par excellence

Si les objectifs poursuivis par les banques s’avèrent similaires – pratiquer l’optimisation fiscale -, leur implication diffère. « BNP Paribas apparaît comme le mauvais élève par excellence : non seulement elle arrive largement en tête des banques en ce domaine, mais elle est l’entreprise du CAC 40 la plus engagée », écrit Alternatives économiques. Un bonnet d’âne qui peut s’expliquer de différentes manières : « Pour les plus pessimistes, la BNP cache seulement moins bien sa présence dans les paradis fiscaux que les autres, plus habiles dans l’utilisation de filiales de filiales, moins facilement repérables. »

Bahamas, Bermudes, Îles Vierges, des destinations paradisiaques que nos voisins européens connaissent eux aussi très bien. Les banques françaises, précise le magazine, « y sont relativement moins présentes que leurs concurrentes anglo-saxonnes ».

Réguler pour mieux régner

Légales mais éthiquement répréhensibles, ces pratiques font mauvais genre. D’autant qu’en avril 2009, lorsque paraît cet article, la BNP et autres Crédit Agricole viennent de subir la crise de plein fouet. Quelques mois plus tôt, l’État venait à leur chevet et débloquait 21 milliards d’euros pour un secteur fragilisé. « Nicolas Sarkozy était clair », rappelle Alternatives économiques, « l’argent des contribuables français ne doit pas servir à soutenir des établissements financiers qui jouent dans les paradis fiscaux ». Loupé.

Réguler les activités du secteur bancaire dépasse le seul cadre des enjeux moraux. Le mensuel souligne en effet que les géants tricolores du secteur ont mieux résisté à la crise de 2008 que leurs voisins. Des activités régulées pourraient ainsi constituer un gage de stabilité.

Alors qu’un quart des bénéfices déclarés par les banques européennes sont aujourd’hui générés dans des paradis fiscaux, Oxfam tire la sonnette d’alarme et incite les États à exiger toujours plus de transparence. Contraintes, depuis 2015, à livrer en détail leurs activités de par le globe, les banques européennes gagneraient selon le réseau d’ONG à être imitées par les multinationales. Un plaidoyer pour que face au « tourisme offshore », la justice fiscale se fasse une place au soleil.

Retrouvez en intégralité l’enquête d’Alternatives économiques, publiée en avril 2009.

Thomas Deszpot 

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