L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
2 min

Capitale polluée cherche voies d’échappement, URGENT

À 57 ans, Clothilde Nonnez enchaîne les pathologies respiratoires. Bronchites, pneumonies, péricardite, cette Parisienne incrimine directement la pollution de l’air dans la capitale. En ce début juin, elle a décidé d’attaquer l’État en justice, dénonçant le non-respect des normes en la matière à travers l’Hexagone. Professeure de yoga, Clothilde Nonnez est comparée par son avocat à une lanceuse d’alerte, dont la mobilisation pourrait servir la cause de millions de personnes.

La « rançon du progrès »

C’est une première de voir l’État attaqué par un particulier pour son (in)action en matière environnementale, mais le constat que dresse la plaignante, une quinquagénaire parisienne n’a, lui, rien de très novateur. En 1960, la pollution de la capitale alertait déjà les médias, notamment Les Actualités Françaises.

À l’époque, souligne le reportage, « l’air de Paris n’est pas exactement ce qu’en disent les chansons ». La rançon du progrès technique dans les grandes villes ? La pollution. Déjà, en 1960, pour mesurer l’ampleur du phénomène, des mesures sont effectuées quotidiennement. À l’aide de petits ballons, semblables à ceux des éthylotests, les spécialistes vont « prélever des échantillons d’air dans les différents quartiers ».

L’air de Paris est en train de s’intoxiquer

Différence majeure par rapport à aujourd’hui, l’association Airparif n’existe pas. Malgré l’absence de cet organisme d’État, véritable vigie de la qualité de l’air créée en 1979, des analyses tentent d’évaluer avec précision la présence de polluants dans le ciel parisien. Leur constat est sans appel : au début des années 1960, « l’air de Paris est en train de s’intoxiquer », alerte l’extrait du journal diffusé dans les salles de cinéma.

Paris et sa circulation, dans les années 1960. (Illustration CC BY SA Roger W)
Paris et sa circulation, dans les années 1960. (Illustration CC BY SA Roger W)

Des coupables tout désignés

Sans surprise, la circulation automobile se trouve dans le viseur des experts. « Les usines ne sont pas seules en cause », lance le journaliste des Actualités Françaises, « il y a aussi les voitures, dont les pots d’échappement éjectent en particulier — avec l’oxyde de carbone —, ce ‘benzo 3-4 pyrène’, au nom barbare et qui est très cancérogène. » Et d’inciter les spectateurs à se mobiliser : « il devient donc urgent d’éviter les causes de pollution de l’air sinon, il faudra un jour nous résoudre à d’ennuyeuses extrémités. »

« Changer le style de notre vie », voilà sans doute ce que nous réserve le futur si l’on se fie aux mises en garde de l’époque. Une incantation qui prend tout son sens en fin de reportage : réunis au sein d’un bureau, des employés travaillent équipés d’un masque à gaz en toute décontraction, comme si cet équipement faisait partie de leur quotidien.

57 ans plus tard, l’État se retrouve sur le banc des accusés. Qu’il soit ou non responsable, bon nombre de citoyens estiment aujourd’hui qu’en matière de santé publique, ils se sont fait rouler.

Retrouvez le reportage des Actualités Françaises, diffusé le 20 janvier 1960.

Thomas Deszpot 

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