L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

De Chirac à Macron, « femmes de » ou « premières dames »

C’est une France en partie soulagée qui s’est réveillée au lendemain du second tour. Le spectre Le Pen (temporairement) évité, la presse salue le « triomphe » d’Emmanuel Macron. Déjà, des documentaires retracent sa campagne, dressent son portrait, formulent des hypothèses… Qui pour endosser le costume de Premier ministre ? Réussira-t-il à obtenir une majorité ? Une autre question brûle les lèvres des commentateurs et analystes : quelle place jouera « Brigitte » ?

Jeu de rôle

Emmanuel Macron ne sera en effet pas seul à poser ses valises à l’Élysée dans les prochaines semaines. Promue au rang de célébrité en l’espace de quelques mois, son épouse Brigitte lui volerait presque la vedette. À 64 ans (24 de plus que son époux), elle devrait bénéficier d’une fonction officielle. Une première. Souvent très flou, le rôle de la première dame était au cœur d’un article de L’Express en 1998.

Je m’y consacre avec beaucoup d’ardeur et de bonheur

À l’époque, Bernadette Chirac décrivait ses — nombreuses — attributions : « Je m’occupe de l’Élysée, qui est une ravissante maison du XVIIIe, avec des ailes Napoléon III. Ce bâtiment a besoin d’être sans cesse entretenu, amélioré, restauré. Je travaille avec la cuisine, le personnel de maison, les fleuristes… […] Cela fait partie de ma mission. Je m’y consacre avec beaucoup d’ardeur et de bonheur. » L’intéressée met du coeur à l’ouvrage : « On l’a surprise grondant un membre du personnel parce qu’il y avait de la poussière sous une commode », note L’Express.

Bernadette Chirac
Bernadette Chirac est restée première dame durant douze ans. (Illustration CC BY-SA nicolas genin)

Première dame n’est pas un métier et n’octroie d’ailleurs le droit à aucune rémunération. Dépourvue de statut en bonne et due forme, Bernadette Chirac a toujours agi en silence, sans faire de remous, totalement dévouée à la carrière de son mari. Elle est devenue, en somme, un rouage parmi tant d’autres dans la machine du pouvoir. Un équilibre précaire que ne manquait pas, en 1998, de souligner l’hebdomadaire : « Toute sa vie, elle a lutté pour ne pas être laminée, broyée par le tourbillon Chirac, en suivant le conseil que lui avait prodigué Georges Pompidou : ‘Il faut résister au bulldozer’. »

Maîtresse de l’entre-deux

À l’époque des Chirac, le quotidien de la première dame ressemble à un numéro d’équilibriste. Se montrer sans s’exposer, agir sans trahir, influencer sans s’imposer. Une position inconfortable où le moindre détail est scruté : « Parfois, les photographes la surprennent avec un regard absent », note L’Express, « 20 mètres derrière son mari, gênée par ses talons hauts, souvent mal fagotée, hésitant entre le classique, qui accuse son côté BCBG, et des tenues plus mode, qui ne lui conviennent pas toujours. »

Gênée par ses talons hauts, souvent mal fagotée

En constante représentation, les épouses des présidents successifs côtoient les plus hautes sphères du pouvoir. Dans la lumière, elles doivent veiller à rester en retrait. Bernadette Chirac compose tant bien que mal avec ces incantations contradictoires : « Lors de son premier déplacement de chef d’État […] son mari lui explique qu’il n’est pas indispensable qu’elle fasse ce voyage fatigant. Elle se rebelle, fait savoir publiquement qu’elle entend tenir sa place de première dame. »

Plus exposée que sa prédécesseure, Brigitte Macron ne devrait pas autant lutter pour s’imposer. Son époux l’affirmait avant son élection : « Elle ne sera pas dissimulée, pas derrière un tweet, une cachette ou autre. Elle sera à mes côtés, parce qu’elle a toujours été à mes côtés. » En marche, peut-être, mais jamais en solo.

Retrouvez en intégralité l’article de L’Express consacré à Bernadette Chirac et paru en 1998. 

Thomas Deszpot 

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