L’Avant-Veille du printemps 2017

Nous voilà lancés à toute allure dans la campagne présidentielle. À n’en pas douter, ce printemps sera politique ou ne sera pas. De débats passionnés en prises de position tranchées, l’actualité voit plus que jamais germer les réflexions autour des grands enjeux de société.

par La rédaction
3 min

D’Irak en Syrie, une alchimie guerrière

Ravagée depuis plus de six ans par la guerre, la Syrie accumule les souffrances. Le 4 avril, une attaque chimique a fait près de 100 victimes dans le nord-ouest du pays. Les regards se sont immédiatement tournés vers le régime de Bachar el-Assad, incriminé sans détour par plusieurs puissances occidentales, États-Unis en tête.

Le secrétaire général de l’ONU s’est insurgé contre « des crimes de guerre ». Et son Conseil de sécurité, composé notamment de la France, pourrait déposer sous peu un projet de résolution afin de condamner ce raid meurtrier.

Les fantômes du passé

L’indignation de la communauté internationale nous rappelle que lors des conflits, l’utilisation d’armes chimiques constitue bien souvent le franchissement d’une ligne jaune. Prompts à dénoncer cette attaque, les Américains n’ont pas brillé par leur exemplarité dans leur histoire récente. L’Humanité rapportait en effet en novembre 2005 l’aveu du Pentagone, qui a admis avoir utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques en Irak.

« Du phosphore blanc et des bombes incendiaires MK-77, version moderne du napalm, ont été employés », relate ainsi le quotidien. Les autorités américaines avaient reconnu ces agissements, à la suite notamment d’un documentaire dans lequel un ex-soldat « déclarait avoir vu des corps brûlés, des enfants et des femmes brûlées ».

Un char russe avance das les ruines d'Alep, en Syrie.
Avec ou sans armes chimiques, la Syrie a déjà payé un lourd tribut dans cette guerre. (illustration CC BY Mil.ru)
Ce gel se transforme en redoutable arme chimique

Moins connu que le napalm utilisé lors de la guerre du Vietnam, le phosphore blanc n’en demeure pas moins très dangereux. « Surnommé Willy Pete », détaille L’Humanité, il est légal « lorsqu’il est utilisé pour ses qualités fumigènes ou pour illuminer les cibles. Mais ce gel se transforme en redoutable arme chimique dès lors qu’on l’envoie près de cibles vivantes. » Cruelle ironie de l’histoire, « les Irakiens connaissaient déjà ses effets micro-ondes et neutroniques : en 1988, Saddam Hussein l’avait utilisé dans le cocktail déversé sur Halabja, ce qui constitue un de ses plus graves crimes de guerre », poursuit le journal.

Au-dessus des lois

Tantôt accusateurs, tantôt accusés, les États-Unis ont clairement outrepassé, en 2003 et 2004, certains principes fondateurs dans l’encadrement des conflits. « Huit jours après avoir vu ces images de brûlures chimiques, le Pentagone a reconnu avoir employé Willy Pete [le phosphore blanc, NDLR] offensivement, en dehors donc de ses utilisations légales, tout en prétendant qu’il ne s’agissait que d’armes conventionnelles », précise le quotidien.

Une dérive pointée du doigt par l’ONU, qui ne dispose toutefois d’aucun moyen coercitif. « Las, les États-Unis ne sont pas signataires du protocole III de la convention de 1980 sur les armes conventionnelles », celle-là même qui régit l’utilisation du phosphore blanc, soupire L’Humanité.

Réagissant à l’attaque survenue en Syrie, Donald Trump a affirmé que celle-ci ne « peut être ignorée par le monde civilisé ». Pas sûr qu’à Bagdad ou Falloujah, les souvenirs de cette « civilisation » soient restés impérissables.

Retrouvez l’article de L’Humanité daté publié le 22 novembre 2005 grâce au site Internet Archive qui en a conservé une copie.

Thomas Deszpot 

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