L’Avant-Veille du printemps 2017

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par La rédaction
3 min

Idole des pirates, le MP3 entame un requiem

C’est une victime peu commune dont les médias annoncent aujourd’hui la mort. Personne ne connaît son visage, mais nombreux seront les nostalgiques à le pleurer. Quelle est donc cette victime ? Le format audio MP3 ! Ses brevets tombent d’ici la fin mai dans le domaine public, de quoi accélérer son déclin. « Le MP3 a fait son temps », lancent de concert les professionnels du secteur, qui misent sur une prise de pouvoir du format AAC.

La naissance d’un hit

Toujours utilisé en masse, plus de 20 ans après sa mise au point, le MP3 a révolutionné le monde de la musique en compressant les infos au maximum. Avec lui, finies les chansons très lourdes qui surchargeaient les disques durs ou les cartes mémoire des baladeurs. Novateur sur le plan technique, le MP3 a suscité une « onde de choc », comme l’expliquait en juin 2000 Libération. Le journal s’est rendu à l’époque en Allemagne, où il a vu le jour, afin de retracer sa success-story.

Ne garder que les composants qui sont audibles

Dans le nord de la Bavière, « à une vingtaine de kilomètres au nord de Nuremberg », Libé découvre « un institut scientifique, le Fraunhoer-Institut, dans lequel 300 personnes […] travaillent à inventer des applications pour les circuits intégrés. Parmi eux, 50 s’affairent à une activité annexe de la maison : le codage audio », précise le quotidien. « Un son, c’est une onde acoustique avec beaucoup d’informations dont une infime partie est perçue. L’art de la compression est d’analyser les sons et de ne garder que les composants qui sont audibles », lance un ingénieur de l’institut.

Une jeune femme écoute de la musique.
Le MP3, symbole de mobilité. (Illustration CC BY FaceMePLS)

En ce début de millénaire, l’article donne la parole à l’inventeur du MP3, un certain Karlheinz Brandenburg. Convaincu que le CD sera vite dépassé, il n’hésite pas à lui prédire un destin funeste : « Dans moins d’une vingtaine d’années, la musique vendue sera à 80 % dématérialisée et sans support », assène-t-il. Le succès actuel du streaming ou de plateformes telles qu’iTunes ne peut que lui donner raison.

L’industrie musicale sans voix

Le succès rapide du MP3, facile à emporter sur un lecteur portable a dérouté les acteurs de la musique. Les chansons devenaient très légères et donc plus faciles que jamais à pirater. Un tournant délicat pour l’industrie musicale : « Elle n’avait qu’à m’écouter en 1995, quand je lui ai proposé mes travaux », raille Karlheinz Brandenburg dans les colonnes de Libération. L’inventeur explique ainsi que personne ne s’est soucié du nouveau format développé par les ingénieurs allemands. L’industrie, poursuit-il, « a attendu, attendu et quand les informaticiens se sont emparés du MP3, c’était trop tard. La convergence de ce format, du développement du matériel informatique grand public tel le PC et l’arrivée d’Internet ont bouleversé la distribution musicale. »

Personne n’a voulu m’écouter

Régulièrement associé au téléchargement illégal, le MP3 aurait pu accompagner une réforme en douceur du secteur, selon son inventeur. Avec le journaliste de Libé, il partage les intuitions qui l’ont guidé : « Durant cinq ans, j’ai vu l’ordinateur devenir un outil domestique. Les prix des PC baisser et les logiciels commencer à inonder les boutiques. Leur mémoire devenait aussi de plus en plus puissante. J’ai attendu 1995 pour alerter l’industrie du disque de l’avenir de la distribution musicale dématérialisée. Personne n’a voulu m’écouter. »

Désormais dépassé techniquement, le MP3 devrait doucement céder sa place. D’autres formats permettent en effet une compression efficace, couplée à une moindre altération du son. Au panthéon, de la musique, nul doute qu’il effectuera une entrée en fanfare.

Retrouvez en intégralité l’article de Libération, publié le 10 juin 2000.

Thomas Deszpot 

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