L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Le mercato des médias, pilier de la religion cathodique

Après 16 ans de présentation du JT sur France 2, David Pujadas quitte le fauteuil du 20 heures. William Leymergie fait de même après 32 années à réveiller les téléspectateurs de Télématin. Direction C8. Patrick Cohen, lui, va passer de France Inter à Europe 1. L’an dernier c’est Pascale Clark qui s’échappait de Radio France. Autant de journalistes emblématiques, restés fidèles au poste un certain temps, qui ont un point commun : tous ont changé de crèmerie lors du mercato annuel des médias.

Tous les ans à la même époque, la valse des animateurs de talk-show et de matinales radio reprend, suivie avec une passion non dissimulée par les journalistes. Les supputations s’enchaînent, les rumeurs courent le long des couloirs, les annonces pleuvent. Et avec elles, des départs faits de grands éclats de voix.

Dans la mêlée

« Les amateurs de football connaissent tous ces périodes palpitantes où les grands clubs professionnels font monter les enchères pour acquérir ou conserver les joueurs les plus en vue : le ‘mercato’, ‘estival’ ou ‘hivernal’. ‘Achats’, ‘prêts’, ‘échanges’, le ‘marché des transferts’ est alors en pleine ébullition… », notent Julien Salingue et Henri Maler dans un article paru sur Acrimed, en avril 2011. En cette rentrée, le jeu des chaises musicales a démarré tôt. Renaud Dély vient d’annoncer son départ de France Inter après six mois au poste de directeur-adjoint de la rédaction pour atterrir au Nouvel Obs, et après avoir fréquenté les plus grands clubs de la Capitale. Dont Libé, aux côtés de Laurent Joffrin, Marianne et Le Parisien, le tout en cinq ans seulement.

Une femme assise sur une chaise, une télévision à la place de la tête, Illustration CC By Victorio Marasiguan
Du temps de cerveau disponible pour les téléspectateurs et auditeurs. (Illustration CC BY Victorio Marasiguan)

Laurent Joffrin a lui-même navigué de Libé à L’Obs, puis de L’Obs à Libé et de Libé à L’Obs entre 1981 et 2010. Acrimed poursuit son inventaire à la Prévert, égrenant la « cascade de remplacements » en cette rentrée 2011. « Vous suivez ? », s’inquiète même l’observatoire critique des médias par peur de perdre ses lecteurs. Pas de doute, si cette critique d’Acrimed était un article à trous, il serait assez simple de le remplir aujourd’hui.

Coup de ballet

Mais il est un fait qui évolue, à défaut de voir varier les visages : les passages des journalistes dans chacun des médias sont de plus en plus courts. Ces hommes et femmes « passent d’un titre, d’une station ou d’une chaîne à l’autre, comme si travailler pour le public ou le privé, pour la radio ou la presse écrite, ou pour tel ou tel titre, après tout, importait peu », écrit Acrimed en 2011.

Ce n’est plus le profil ou la ligne du média qui compte

Bien plus qu’une plume ou une qualité d’intervieweur, c’est l’image de marque de ces journalistes que les chaînes et radio s’arrachent. « Ce n’est plus le profil ou la ligne du média qui compte, mais bien les retombées médiatiques, pour le média, de tel ou tel ‘transfert’ », continuent Julien Salingue et Henri Maler : « Les ‘grands journalistes’ ne s’identifient pas à une chaîne, une station ou un titre. Ils sont prêts à aller partout où le mercato les conduira, exprimant et renforçant l’uniformisation du paysage médiatique, renonçant à donner une identité au média pour lequel ils officient, voire à avoir eux-mêmes une identité. »

Au milieu de ce ballet, il y a ceux qui s’opposent aux évictions et aux départs, ceux qui les soutiennent et ceux qui s’alarment. Mais c’est surtout la valeur de l’information diffusée à des millions de Français chaque jour qui pose question. Car recycler d’année en année les mêmes animateurs sur des chaînes dont les lignes éditoriales n’ont a priori rien à voir, n’est-ce pas prendre le risque d’une information univoque ? Et sans relief ?

Retrouvez en intégralité l’article d’Acrimed, publié le 11 avril 2011.

Claire Berthelemy 

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