L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Les TGV sans chauffeurs, une casse sociale à grande vitesse ?

« Et si les conducteurs de TGV étaient remplacés par des robots ? », se demande la presse en cette fin de printemps. Des trains sans chauffeurs lancés à plus de 300 km/h, l’idée est sur les rails du côté de la SNCF, qui rêve d’un TGV autonome à l’horizon 2022. Cette innovation, « nous devrions être les premiers au monde » à la mettre en place, clame son président, Guillaume Pépy.

Les prédictions déraillent

Automatiser des lignes de trains ne constitue pas simplement un défi technique à relever pour la SNCF. Il s’agit tout autant d’accompagner socialement une telle transformation, alors que le géant du rail emploie aujourd’hui 14 000 conducteurs (et en cherche de nouveaux). Ces postes sont-ils promis à un sacrifice sur l’autel de l’automatisation ? Plusieurs études le prophétisent : près d’une profession sur deux serait ainsi concernée d’ici 20 ans.

Personne ne sait prévoir l’avenir technologique

« Force est de l’admettre : le remplacement progressif des humains par les machines semble une loi implacable de l’histoire », écrivait Sciences Humaines en novembre 2015. « C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle on fabrique des machines : pour alléger l’effort et augmenter les forces humaines. » Cette prédiction d’une hégémonie des machines n’en demeure pas moins contestée. « La vérité est que personne ne sait prévoir l’avenir technologique à l’horizon de dix ou vingt ans et encore moins mesurer son impact sur l’emploi », poursuit le magazine.

Un TGV arrive doucement en gare.
Les TGV sans chauffeurs, bientôt une réalité ? (Illustration CC BY-SA Gonzalo Malpartida)

Des comparaisons historiques mettent elles aussi en doute les théories qui accompagnent l’automatisation : « Comment comprendre […] que durant les trente glorieuses, période de grands progrès techniques, le nombre d’emplois global n’a cessé d’augmenter ? »

Gare aux conclusions hâtives

Afin d’expliquer le paradoxe d’un regain d’emploi lié aux avancées technologiques, Sciences Humaines s’appuie sur les travaux de l’économiste et démographe Alfred Sauvy. Dès les années 1980, « il s’en prenait à l’illusion du ‘chômage technologique’. Si, à court terme, la machine diminue l’emploi dans un secteur (comme ce fut le cas dans l’agriculture), elle a aussi des effets positifs à long terme. La baisse des coûts des produits alimentaires entraîne en effet une augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs. » Les achats se reportent alors vers d’autres secteurs d’activité, qui s’en trouvent dynamisés.

Les progrès effectués par les machines, le développement croissant du big data ou de l’intelligence artificielle ne devraient, selon le mensuel, pas nous alarmer. En 1956 (déjà), l’un des créateurs du GPS « prévoyait que dans les dix années à venir, les traducteurs automatiques auraient remplacé les interprètes : c’était il y a soixante ans ! De même, on prévoyait déjà que les systèmes experts (aide à la décision) pourraient se substituer aux médecins. »

À l’heure où, comme l’observe Sciences Humaines, « les voitures automatisées, déjà opérationnelles, risquent de remplacer les chauffeurs », imaginer le futur s’avère pour le moins hasardeux. Avec ses TGV automatisés, la SNCF prend un pari sur l’avenir, reste à savoir si elle monte dans le bon wagon.

Les robots tueront-ils nos emplois ? N’hésitez pas à (re)lire l’article de Sciences Humaines pour vous faire votre idée.

Thomas Deszpot 

Précédent
Suivant

Enquêtes, retours, explications, promenez-vous sur L'Imprévu