L’Avant-Veille du printemps 2017

Tout au long de l’année, L’imprévu vous offre un regard décalé sur l’actualité en rebondissant sur les archives des médias. Des quotidiens nationaux aux télévisions locales, des émissions de radio aux médias en ligne, les infos d’hier éclairent notre présent.

par La rédaction
3 min

Une nouvelle Assemblée, ce n’est pas plus mâle

« Un chiffre historique », un « record ». De quoi parlent les médias en ce lendemain de législatives ? Du score des « marcheurs » fidèles au président Macron ? Du taux d’abstention ? Non, du nombre de femmes élues députées, le plus élevé jamais observé. Elles sont 223 cette année à investir le palais Bourbon, soit près de 40% des élus. Peu à peu, la parité gagne du terrain en politique, une petite révolution dans une Assemblée jadis bourrée de testostérone.

Combattre les forces du mâle

Les résultats de ces législatives, ajoutés à la stricte parité respectée au sein du Gouvernement, constituent des motifs d’espoir pour les citoyens en quête d’institutions plus représentatives. Pour mieux saisir l’ampleur des changements à l’oeuvre sous nos yeux, il faut se souvenir qu’en 1996, seules 32 femmes peuplaient les bancs de l’Assemblée. Un chiffre dérisoire qui avait poussé des personnalités à s’engager publiquement. Le 6 juin 1996, un « Manifeste des dix » est publié par le journal L’Express.

Une égalité plus urgente que jamais

Qui sont ces fameuses dix personnes ? Des femmes exclusivement, élues ou ex-élus, convaincues qu’il est temps de faire bouger les lignes. Parmi les plus connues, Simone Weil ou Édith Cresson, dont l’Histoire retient qu’elle fut la première femme à Matignon. De leurs vœux, elles appellent à « une égalité enfin effective, au-delà des promesses de circonstance, électorales ou non. Une égalité plus urgente que jamais, non seulement pour les femmes, mais pour notre pays. » « Toutes, à un degré ou à un autre, nous avons eu à affronter l’incapacité du système politique français à accepter véritablement les femmes », poursuivent-elles.

Un élu photographié de dos.
Les députés hommes, un jour minoritaires ? (Illustration CC BY SA Yohann Legrand)

Pour mieux visualiser le retard de la France, les auteures du manifeste incitent les lecteurs à porter leur regard hors de nos frontières : « Parmi 20 grands pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, le nôtre est bon dernier pour la représentation des femmes au Parlement, loin derrière les États scandinaves, l’Allemagne, l’Espagne. »

Les racines du mâle

Comment expliquer que dans le pays des droits de l’Homme, la place des femmes soit si minoritaire ? En cette fin de printemps 1996, les dix élues esquissent un début d’explication. « Cet échec de la participation des femmes à la vie et aux responsabilités publiques provient d’une tradition plongeant ses racines dans un jacobinisme désormais hors de saison », expliquent-elles dans les colonnes de L’Express. Ce jacobinisme qu’elles brocardent, « est en quelque sorte un concentré de qualités viriles, comme seule une époque baignant dans une Antiquité imaginaire pouvait les fantasmer ».

Le temps de la contrainte, fût-il transitoire, est arrivé

Puisque « débattre, éduquer, convaincre, inciter ne suffisent plus pour modifier une situation qui perdure malgré les bonnes volontés », il est temps à leurs yeux d’agir. De contraindre même. Aux membres du gouvernement Juppé et aux parlementaires de tous bords, les signataires du manifeste suggèrent l’instauration de quotas : « le temps de la contrainte, fût-il transitoire, est arrivé », assurent-elles. Depuis, la loi a évolué, en particulier pour les scrutins de liste. Il est désormais obligatoire de présenter des listes composées à parts égales de femmes et d’hommes dans les villes de plus de 3 500 habitants, les conseils régionaux ou dans la représentation française au Parlement européen. Par ailleurs, le règlement des élections législatives prévoit depuis 2010 des amendes pour les partis qui investissent plus d’hommes que de femmes lors de ces scrutins. Le Parti socialiste notamment a perdu 6,4 millions d’euros pour n’avoir investi que 42,5% de femmes lors du scrutin de 2012.

Vingt ans plus tard, le nombre de femmes à l’Assemblée a malgré tout fait un bond de 697%. Signe que le chemin vers la parité se dessine, tant bien que mâle.

Publié en 1996 par L’Express, le « Manifeste des dix » mérite d’être relu, un texte qui reste encore d’actualité malgré les progrès effectués en matière de parité.

Thomas Deszpot 

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