Agriculture biologique : quand germe la conversion

L’agriculture biologique se répand, et pas seulement dans les rayonnages des supermarchés. Depuis 2014, les producteurs qui font le choix du mode de production bio sont de plus en plus nombreux. D’où vient cette vague de conversions ? Une exploration des fermes converties ou en voie de l’être donne au moins une réponse certaine. Si l’agriculture biologique gagne les terres françaises, son développement reste bien en deçà des ambitions affichées par les pouvoirs publics : seulement un quart de l’objectif national fixé pour 2020 a été atteint. Née du Grenelle de l’environnement, sur lequel nous revenions en avril dernier, cette promesse est restée en jachère. L’imprévu part à la rencontre de celles et ceux qui tentent de cultiver autrement : radiographie d’une France agricole qui peine à se verdir.

par Pierre Leibovici
8 min
Un agriculteur inspecte un de ses plants dans son champ(Illustration CC BY UnitedSoybeanBoard)
Les nouveaux convertis au bio sont de plus en plus nombreux (Illustration CC BY UnitedSoybeanBoard)

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Pour l’occasion, les dorures des salons du ministère de l’Écologie avaient cédé leur place à de larges panneaux verts. Les sourires et les plantes parsemaient les couloirs. La nature semblait chez elle, tout comme ses porte-parole, rassemblés durant trois longues et prometteuses journées, en octobre 2007. Le Grenelle de l’environnement, la grand-messe écologique impulsée par le président de la République d’alors, Nicolas Sarkozy, battait son plein.

Autour de la table, des ministres, bien sûr, mais aussi des responsables d’ONG comme Yannick Jadot, ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, ou Nicolas Hulot. Ce dernier, invité au journal de 20 heures de France 2 à la clôture des négociations, attribuait la note de « 18 sur 20 » au Gouvernement pour son volontarisme.

Parmi les mesures phares annoncées ce soir-là, il en est une qui a marqué le monde paysan. Gravée dans le marbre de la loi du 3 août 2009 relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, elle stipule que « l’État favorisera la production et la structuration de cette filière [de l’alimentation biologique, NDLR] pour que la surface agricole utile en agriculture biologique atteigne 6% en 2012 et 20% en 2020 ». Les agriculteurs allaient devoir multiplier par dix, en l’espace d’une décennie, la surface des terres cultivables lavées de tout produit chimique de synthèse.

Un coup d’œil aux derniers chiffres publiés par l’Agence Bio, l’organisme chargé de la promotion de l’agriculture biologique en France, montre que l’objectif sera difficilement atteignable : en 2015, seuls 5,1% de cette surface étaient passés en mode de production biologique.

Les décideurs du Grenelle de 2007 ont-ils vu plus vert que vert ? La crise agricole est-elle aussi responsable ? De l’avis des premiers intéressés, agriculteurs en conversion ou déjà convertis, la révolution biologique est bien en marche, mais pas pour demain.

Retour vers le futur

Pour des agriculteurs de la génération de mon père, le bio était vu comme une déchéance

Renoncer à l’agriculture intensive et ses meilleurs alliés, les engrais et produits chimiques : l’idée semblait inconcevable pour de nombreux exploitants il y a encore quelques années, tant elle pouvait symboliser un retour vers le passé. « Pour des agriculteurs de la génération de mon père, le bio était vu comme une déchéance », raconte Thierry Baillet depuis sa ferme de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais), où il fait pousser betteraves, carottes et pommes de terre sur plus de 80 hectares. Le producteur de 44 ans a pourtant décidé de franchir le pas de la conversion pour une partie de ses cultures, « pour tester », confie-t-il.

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— Journaliste

Animé par les enjeux écologiques et numériques, j’aime contourner les éléments de langage et expérimenter d’autres manières de faire l’information. Je rêve souvent de cartes, de code informatique et d’un média connecté qui prend son temps.

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« Ah non, le treuil on l’a plus ? On l’a encore ? Excusez-moi, hein. Ou c’est Daniel qui l’a encore ? Sinon t’as la fourragère aussi. » S’entretenir avec des agriculteurs se fait difficilement sans interruption, le temps libre étant rare dans la profession. Alors que j’étais encore étudiant, un mémoire collectif de sociologie sur le développement de l’agriculture biologique à Toulouse m’avait passionné pour cette question et ses acteurs, militants ou non. Souvent agacé de voir que les médias passent plus de temps à relayer les grandes promesses politiques qu’à vérifier si elles ont été tenues, je me suis dirigé naturellement vers les suites du Grenelle de l’environnement. Sans être tout noir, ce que j’en ai retiré est loin d’être tout vert.

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