Fils et filles du 21 avril, une génération abstention ?

Le 21 avril 2002 reste dans toutes les mémoires. Désaveu historique pour le Parti socialiste, la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour marque un tournant chez les jeunes électeurs de gauche, en particulier dans le rapport qu’ils entretiennent avec le vote et l’abstention. À l’époque déjà pointés du doigt, les abstentionnistes sont toujours aussi mal cernés. Retour sur un contexte électoral bien particulier dans l’histoire de la Ve République et sur ses conséquences encore visibles à gauche.

par Claire Berthelemy
12 min
Lionel Jospin, candidat déchu. (Illustration CC BY-SA Fondapol)
Lionel Jospin, candidat déchu. (Illustration CC BY-SA Fondapol)

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Dans les bastions du Parti socialiste, le début des années 2000 concrétise par les urnes la fin d’un cycle. Plus de 20 ans après mai 81, c’est la douche froide. Lionel Jospin cohabite avec Jacques Chirac depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997. Dans l’isoloir en ce 21 avril 2002, les électeurs ont le choix entre seize bulletins. Les candidats se bousculent à gauche : en plus du Premier ministre, Lionel Jospin, ils sont sept à se présenter. Face à lui, Arlette Laguiller (Lutte ouvrière), Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire), Noël Mamère (Les Verts), Robert Hue (Parti communiste français), Jean-Pierre Chevènement (Pôle républicain) et Christiane Taubira (Parti radical de gauche), entre autres.

Traumatisme électoral, 2002, marque aussi l’entrée en vigueur du premier quinquennat de l’histoire — voté par référendum en 2000 avec 73% des voix pour la fin du septennat, mais près de 70% d’abstention. L’arrivée de la monnaie unique augure des auspices bien meilleurs que la période de crise traversée par le pays, symbolisée par la grève de l’hiver 1995 au moment de la réforme des retraites par Alain Juppé. Mais la peur du chômage et le sentiment d’insécurité — sur lesquels surfera Jacques Chirac pendant sa campagne — auront en partie raison du candidat du Parti socialiste.

2002, l'ovni des présidentielles

Le 27 février 2002, un sondage IFOP publié dans Libération annonce Jacques Chirac en tête au premier tour avec 23% des voix, Lionel Jospin à 22%, quand Jean-Marie Le Pen se place 4ème avec 7%, à égalité avec Arlette Laguiller. Le podium semble se tenir. Mais, donnant tort aux sondages pour la deuxième fois depuis le début de la Ve République après 1969, la gauche ne passe pas le premier tour. Deux mois après l’enquête d’opinion qui l’annonçait aux portes du pouvoir, Lionel Jospin est donc éjecté de la partie.

Le soir même, au quartier général du Parti socialiste, il déclare se retirer de la vie politique, y compris de son mandat de conseiller général du canton de Cintegabelle (Haute-Garonne).

Source : ina.fr

Dans les colonnes des médias, on refait le match. Après le choc, on cherche à comprendre comment le Front national a pu se retrouver au second tour. À Bessan (Hérault), Catherine Bernard, pour Libération, tente d’expliquer pourquoi dans ce charmant village autrefois viticole, à une poignée de kilomètres de Montpellier et à deux pas de l’usine Ricard, le Front national a recueilli 36,6% des suffrages. On cherche aussi en salle des profs, là où se trouvent les traditionnels électeurs de gauche. Mais seuls 22% des votes enseignants sont revenus à Lionel Jospin. Plus tard, presse comme citoyens parleront de « coup de tonnerre » ou de séisme politique. Isabelle Dumestre, aujourd’hui secrétaire de la section Loire du Parti socialiste à Saint-Étienne, se souvient dudit « coup de tonnerre » : « L’exemple de 2002 revient encore souvent. Je m’en rappelle comme si c’était hier – j’étais au bureau de l’UNEF à Paris ». Avec un Lionel Jospin grand perdant et la présence historique de Jean-Marie Le Pen au second tour, ne reste alors qu’une difficile alternative pour ces électeurs de gauche : voter Chirac ou s’abstenir. Jacques Chirac ? « Mes parents m’en parlaient et, pour moi, c’était un peu le croquemitaine. »

Une abstention coupable

Cette année-là, le vote du second tour, porté comme jamais par les coalitions de l’entre-deux tours, a démontré l’envie de faire corps contre le Front national. Ne pas suivre l’impulsion générale aurait été, pour les électeurs de gauche, une faute citoyenne. « Ce n’était plus mon vote individuel, mais plutôt les suites d’un mouvement et l’émanation d’une affirmation collective, rendue possible par des manifestations », raconte Isabelle Dumestre, l’ancienne collaboratrice d’Henri Emmanuelli.

Il est possible que vous alliez voter quand même

La pression populaire qui s’est exercée lors de la présidentielle de 2002 n’est pas un cas unique, elle rejoint celle constatée au moment des autres élections : le bulletin glissé dans l’urne est le résultat de micro-pressions au sein d’un groupe familial, selon les sociologues Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen. Comme si, face à l’isoloir, la décision collective pouvait l’emporter sur l’avis individuel. Vincent Tiberj, chercheur en sociologie électorale, précise : « Si vous n’êtes pas mobilisé, il est possible que vous alliez voter quand même. Ces petites choses font que le vote est aussi le résultat d’une effervescence sociale et d’un bruit médiatique : ‘il y a quelque chose qui se joue, il faut y aller’. » Autrement dit, s’abstenir ou ne pas voter comme ses proches nécessite parfois de ruser – en cas de pression sociale trop grande – ou d’assumer un vote atypique, au risque de déclencher un complexe débat au sein du cercle familial ou amical.

Parmi les éléments qui influencent le vote, il existe notamment un effet d’âge – la jeune génération est plus à gauche que les votants plus âgés – mais aussi un effet de socialisation.

Le vote dépend également de critères socio-démographiques. Selon l’Insee, en 2012, il n’existait pas de différence de participation entre les jeunes électeurs français nés en France et ceux nés ailleurs, ni entre immigrés et non immigrés. En revanche, l’inscription sur les listes électorales est moins fréquente pour les jeunes Français immigrés. L’Insee rappelle qu’elle est particulièrement médiatisée au moment d’élections nationales.

« Le vote dépend aussi de la transmission au sein des familles », précise Vincent Tiberj. Les plus favorisés manifestent plus, votent davantage et interpellent leurs élus plus souvent tandis que, pour le chercheur, « si les enfants d’immigrés votent moins, c’est parce que le rapport au vote se construit d’abord dans le fait de se déplacer au bureau de vote ».

En outre, tous les votants ne passent pas dans l’isoloir à chaque élection. Si l’abstention grimpe globalement depuis les années 1980, elle est plutôt « stable » pour les présidentielles. « Si on fait une courbe de tendance, elle est assez plate », affirme Vincent Tiberj.

« Il y a une progression de l’abstention mais elle tient beaucoup au contexte de l’élection : en 2005, la participation au référendum est plus importante qu’aux législatives alors même qu’on parle d’Europe », remarque Vincent Tiberj.

Le taux d’abstention au premier tour de 2002 frôle les 29% (34% pour les 18-25 ans). C’est le pourcentage d’abstentionnistes le plus important depuis 1965. Dans les manifestations précédant le second tour, on retrouve un nombre important d’adolescents, qui n’avaient pu voter, et « d’autres électeurs qui avaient voté autre chose que Lionel Jospin », contextualise Isabelle Dumestre, la secrétaire du Parti socialiste de la Loire, à l’époque un peu plus âgée que les lycéens. Accusés de délaisser la vie civique à grand renfort de discours politiques ou de chansons écrites pour l’occasion, nombreux ont été ces jeunes à venir manifester quand même. « On était aussi là pour les déculpabiliser et leur dire que le combat n’était pas fini. Je me souviens aussi des personnes âgées qui nous regardaient passer avec beaucoup d’émotion. », poursuit celle qui a rejoint le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) en 1998.

On était aussi là pour les déculpabiliser

En ce jour de printemps 2002, sous un soleil radieux, les grands boulevards de la capitale sont envahis, les plus jeunes montent sur les bancs publics et les abribus pour prendre de la hauteur, comme à l’habitude. Les cortèges suivent le même trajet que sept ans plus tôt, au moment des grèves de 1995. Les places des grandes villes françaises sont noires de monde.

Source : ina.fr

Abstentionnistes ou mal-votants, les mauvais élèves de l’élection présidentielle deviennent, systématiquement, les moutons noirs. L’éparpillement des candidats de la gauche, montré du doigt en 2002, est devenu une crainte à chacune des présidentielles qui ont suivi : plus les électeurs auraient de choix à gauche et moins ils voteraient pour la majorité socialiste. Aujourd’hui encore, le spectre d’un trop grand nombre de candidats à gauche est présent. « J’ai récemment entendu à propos d’une éventuelle candidature de Christiane Taubira aux primaires [si elles se tiennent à gauche, NDLR] qu’il faudrait éviter de lui en vouloir d’avoir fait perdre Jospin en 2002. Comme si les électeurs étaient responsables de l’échec de Jospin ! L’abstention est trop massive et notre échec trop évident », recentre Isabelle Dumestre dont la mairie – de Saint-Étienne – a basculé à droite aux dernières élections.

Du vote par devoir au vote générationnel

Aller voter de façon intermittente ou sélectionner son élection montre que le vote n’a pas toujours le même poids dans l’esprit des électeurs. 2002 n’a pas échappé au phénomène, au moins au premier tour. Malgré tout, la présidentielle reste une élection entraînant davantage de participation que les autres. « Il fut un temps où le vote était considéré comme un devoir, parce que c’est important et que ‘des gens sont morts pour ça’ », rappelle Vincent Tiberj. Une façon de penser le suffrage universel qui ne se retrouve plus dans les générations suivant celles des années 1960.

Chez les plus anciens, nés avant les années 1940, le rapport au vote reste celui du devoir. « Ils votent par déférence et leur rapport à la politique est très vertical », analyse Vincent Tiberj.

Les générations qui suivent, nées dans les années 1940 ou 1950, « sont déjà plus dans une logique d’expression, et plus compétentes et intéressées que celles qui précèdent », poursuit le sociologue. Les soixante-huitards prolongent ainsi l’acte de vote par la manifestation, « dirigée contre les élites », peu importe le parti soutenu ou la profession. Les générations d’après ? « Elles ont une culture de distance avec la politique institutionnelle, elles sont notamment plus diplômées et mieux capables de décoder le discours politique », répond Vincent Tiberj. Difficile de les berner au moyen d’éléments de langage ou de politiques électoralistes. Une constante traverse cependant les générations : la prégnance de l’élection présidentielle, celle « où on se rend bien compte que l’essentiel du pouvoir politique se décide », précise-t-il.

Isoloirs illustration CC By-Sa par Mortimer 62
Isoloirs illustration CC By-Sa par Mortimer 62
2002 pèse encore aujourd’hui sur mon vote

« Aujourd’hui c’est plus un moment de doute, on se cherche politiquement, et l’intérêt qu’on porte à la politique n’est suscité que parce qu’elle s’adresse à vous », continue le chercheur. Et effectivement, lorsqu’il est salarié, l’électeur se penche sur la réforme du Code du travail et sur les discussions autour de la loi El Khomri. De la même façon, celui qui a dans l’optique d’acheter un logement pour le louer réfléchit à la manière dont la loi Alur va modifier ses revenus ou non.

À n’en pas douter, l’élection de 2002 a marqué profondément les votes de la présidentielle suivante, en 2007. Isabelle Dumestre, « convaincue de l’importance de voter comme de donner son sang » est formelle : « 2002 pèse encore aujourd’hui sur mon vote, parce que quand il peut y avoir des doutes, cette élection me revient en mémoire. » L’effet de moratoire politique, est ainsi déterminant sur la façon de voter. Mais si les électeurs nés dans les années 1970 vont pour 64% voter au premier tour de 2002 et sont 74% à voter au second, ils ne sont que « 50% à se mobiliser pour les législatives la même année », souligne Vincent Tiberj. Pour les électeurs nés dans les années 1980 et après, le mouvement est similaire à celui de leurs aînés : la participation aux législatives est en baisse par rapport aux présidentielles. Ainsi, en 2012, il y a 36 points d’écart de participation entre présidentielle et législatives pour cette génération qui, pour partie, pouvait voter en 2002. « Ça ne veut pas dire qu’ils ne se déplacent pas du tout : ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas politisés qu’ils n’ont pas de valeurs », met en garde le sociologue.

Qu’il s’agisse de questions relatives à l’immigration ou aux valeurs culturelles, les jeunes générations restent mobilisées. Pour Vincent Tiberj, « les plus jeunes savent placer les partis [sur l’échiquier politique, NDLR] mais ce sont eux qui ont le moins confiance dans leurs responsables aujourd’hui ». Cette défiance se traduit d’abord aux élections locales, la présidentielle restant un incontournable de la vie civique pour beaucoup d’entre eux.

Pour les plus jeunes, voir et comprendre qu’on est pris pour un con, ça change tout

Alors pour remédier à leur rejet et au manque de confiance que leur inspirent les hommes et femmes politiques, les post baby-boomers font de la politique autrement. « Tout est devenu politique et c’est cette définition qui est en train de changer, de l’association de quartier à la réunion de copropriété », précise Vincent Tiberj. En somme, les décisions passant par le Parlement ou les assemblées, qu’elles soient régionales ou départementales, ne correspondent plus à la façon dont les jeunes votants imaginent la politique. Pour Tiberj, « les responsables politiques ont du mal à assumer que jamais ils n’ont eu un électorat aussi bien capable de jouer son rôle : pour les plus jeunes, voir et comprendre qu’on est pris pour un con, ça change tout ».

Engagements

Le vote est-il toujours autant un rite de passage à l’âge adulte ? Anne Muxel analysait que l’âge explique « en partie leur rapport à la politique : ils sont à un moment de la vie où on est plus entier, plus disponible pour la protestation ou la dérision. Mais le contexte dans lequel les jeunes entrent en politique est aussi déterminant ».

Manifestation contre la LRU, Illustration CC By par Remy Even
Manifestation contre la LRU, Illustration CC By par Remy Even

L’électorat d’une grande partie de la gauche étant plus jeune que celui votant à droite, la gauche est de fait plus touchée par l’abstention chez les jeunes. En outre, on constate une forte différence « entre la jeunesse scolarisée et la jeunesse non scolarisée. La première est marquée par un tropisme de gauche. Il en va autrement des jeunes actifs sans diplômes. Ces derniers au second tour de 2007 ont voté en majorité (à 55 %) pour Nicolas Sarkozy et 22 % ont voté pour Jean-Marie Le Pen au premier tour (contre seulement 3 % des étudiants) », précise Anne Muxel.

Il y a indéniablement une défiance

Alors que leurs aînés ont bénéficié du célèbre ascenseur social, les trentenaires depuis 1984 ont un niveau de vie de 17 % inférieur à celui des sexagénaires, selon Louis Chauvel, sociologue français spécialisé des inégalités entre générations. Ses études ont été confirmées par celle, récente, du quotidien britannique The Guardian : les inégalités en France « font apparaître un avantage des baby-boomers », aujourd’hui aux alentours de la soixantaine, « sur toutes les autres générations qui les ont précédés ou succédés au XXe siècle ». « Ce contexte donne une coloration très différente à ce que peut être un engagement politique » poursuit Anne Muxel. Elle ajoute : « il y a indéniablement une défiance qu’il ne faut pas confondre avec du désintérêt. »

Isabelle Dumestre, aujourd’hui attachée parlementaire de Régis Juanico, député socialiste de la Loire, approchait les 30 ans en 2002. « J’ai voté Jospin au premier tour même si j’avais critiqué sa campagne et ai convaincu mon compagnon de faire de même : je viens de Nice et, pour moi, le Front national n’était pas un épouvantail. Déjà à l’époque, il fallait faire barrage au FN », se souvient-elle. Le barrage n’ayant pas imprégné toutes les consciences en 2002, la mobilisation suite au premier tour est plus forte chez les 18-25 ans : l’abstention diminue de 12 points dans cette tranche d’âge, contre 7 points pour l’ensemble de la population. Cependant, le regain de participation ne sera pas confirmé aux législatives, quelques semaines plus tard : 51 % des jeunes inscrits sur les listes électorales n’iront pas voter au premier tour, tandis que 36% de l’ensemble des inscrits s’abstiennent.

Abstention dans les urnes ne signifie pas absence d’engagement : un quart des 18-25 ans de l’époque — contre 14 % pour le reste de la population — « déclarent avoir personnellement participé aux manifestations spontanées contre Le Pen ».

Manifestation contre le CPE d'un jeune en colère , illustration CC BY par Dhodho
Manifestation contre le CPE d'un jeune en colère , illustration CC BY par Dhodho
Il y a un électrochoc qui fait qu’on s’engage

Ce n’est pas l’absence de Lionel Jospin au second tour qui a bousculé les plus jeunes consciences, mais la présence du candidat d’extrême droite. En dehors des manifestations, « beaucoup de jeunes ont adhéré au Mouvement des jeunes socialistes ou dans des syndicats étudiants dans la foulée de l’élection et des mobilisations », rappelle Isabelle Dumestre. Mais, selon la secrétaire de section, les afflux d’adhésions ne sont pas spécifiques à 2002 et ont lieu régulièrement, à chaque grande mobilisation. Le poids des syndicats étudiants dans ces mouvements n’est pas nouveau. L’ancienne adhérente au Mouvement des jeunes socialistes précise le logique chemin du syndicat au parti : « Après avoir mobilisé à l’université, on se rend compte qu’il faut aussi participer au changement dans la société et on passe le cap du parti politique ». Elle poursuit : s’il y a « véritablement eu une génération 2002, il y a aussi eu une génération CPE. Il y a un électrochoc qui fait qu’on s’engage. »

Une fois mobilisés, les plus jeunes, qu’ils militent ou qu’ils aillent simplement voter, ont une approche différente, pour l’ancienne directrice de cabinet à la mairie du Puy-en-Velay. « Quand vous venez du MJS, vous êtes rompu au militantisme de terrain alors que dans un parcours plus institutionnel, la distribution de tracts sur les marchés c’est le maximum qu’on puisse attendre d’eux », constate-t-elle. Rempart contre l’abstention, le porte-à-porte est une condition pour convaincre les plus jeunes, en veillant à ne pas culpabiliser ceux qui ne votent pas. Isabelle Dumestre assène : « Il faut aller chercher notre électorat laissé sur le bord du chemin. »

Et donc une partie de la jeunesse de gauche. En 2002, 14% des électeurs de 18 à 24 ans avaient voté pour Noël Mamère, tandis que 13% s’étaient tournés à égalité vers Jacques Chirac, Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin. Les plus jeunes votants en 2012 sont nés en 1994, ceux de 2017 seront nés après 1999. Et si le 21 avril 2002 a marqué les consciences et qu’à gauche le parti qui semble résister le mieux reste le Parti socialiste, « l’effet s’estompe », constate Isabelle Dumestre. « Nicolas Sarkozy a clivé et fait émerger une conscience politique, notamment pour les jeunes de banlieue avec les épisodes de 2005 et 2007. Qu’aurons-nous avec Hollande ? », interroge Vincent Tiberj. Impossible de prédire la participation en 2017 de jeunes qui oscillent entre mobilisations de rue et perte de repères politiques.

Cet article est complété par trois témoignages de cette « Génération Abstention » :
Le 21 avril 2002, Marie a coupé le cordon
Après le 21 avril 2002, Daniel a essayé de défendre l’intérêt général
Après le 21 avril 2002, Johann a eu le réflexe de « ne pas voter utile »

— Journaliste

Petite, je voulais être journaliste. Adulte –  et moins par formation que par conviction – je le suis devenue. Entre les deux états, j’ai toujours posé beaucoup de questions pour comprendre le monde. Aujourd’hui, je cherche à comprendre quels enjeux se cachent derrière les problématiques de la société contemporaine : du nucléaire à la fiscalité en passant par les géants du Net, il n’y a qu’un pas (le mien).
PGP : 0x49f73ed664f00cd7

La Fabrique de l'info

21 avril 2002, j’ai voté pour la première fois. Une entrée dans l’âge adulte qui a commencé par une incompréhension, réactivée à chaque élection dès qu’il s’agissait de mettre un bulletin dans l’urne. En discutant avec bon nombre de proches et en observant les réactions à l’approche des élections, d’autant plus pour la présidentielle, j’ai compris que le rapport au vote était à questionner : pourquoi vote-t-on ? Comment ? Quel rôle joue notre famille dans tout ça ? J’ai voulu creuser cette idée d’une génération 2002, dans l’idée qu’elle pourrait être une génération abstention, si tant qu’elle existe.

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