L’enseignement de l’Histoire, un impossible compromis

Cet été, L’imprévu revient sur des sujets couverts par la rédaction durant l’année écoulée. De quoi prolonger la réflexion et aborder des thématiques qui nous sont chères, sous un autre angle. Dans la lignée de notre Fil rouge sur la conception des programmes scolaires, nous souhaitions revenir sur une discipline qui avait, plus que d’autres, suscité de vastes polémiques lors de la présentation des nouveaux programmes scolaires pour la rentrée 2016-2017.

par Marie Coussin
6 min
Détail du couronnement de l'impératrice Joséphine, par Jacques-Louis David. Reproduction (CC BY
Détail du couronnement de l'impératrice Joséphine, par Jacques-Louis David. Reproduction (CC BY

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« L’image d’une France fatiguée », « la fin du roman national », « une forme de masochisme », une volonté de « gommer les racines chrétiennes de la France »… En ce mois d’avril 2015, le Conseil supérieur des programmes (CSP) vient de soumettre à consultation sa proposition de refonte des programmes de cycles 2, 3 et 4, c’est-à-dire du CP à la 3e, et les mots ne semblent pas assez durs pour décrire l’opposition envers les programmes d’Histoire.

Il leur est reproché, entre autres, de faire l’impasse sur certains grands Hommes et certaines périodes, de trop s’attarder sur des points négatifs tels que la traite négrière ou encore de privilégier une accroche thématique au détriment d’une étude chronologique.

La réalité s’avère plus complexe. Les nouveaux programmes proposés respectent bien une progression chronologique, peu ou prou la même que celles des programmes précédents, datant de 2008. Chaque niveau se penche sur une période précise :

  • en 6e, de la préhistoire à la fin de l’Empire romain ;
  • en 5e, du Moyen-Âge à la fin du XVIIe siècle ;
  • en 4e, du XVIIIe siècle à la fin de la Première Guerre mondiale ;
  • en 3e, le monde depuis 1918.

Ce qui choque surtout, c’est que certains chapitres du programme de 5e et 4e deviennent optionnels, laissés au choix des enseignants. Ainsi, dans le premier thème de l’année de 4e, « L’Europe et le monde, du XVIIe au XIXe siècle », deux chapitres sont obligatoires : les empires coloniaux et traites négrières ainsi que la Révolution française et l’Empire. Deux sont en option : la période des Lumières et la Révolution américaine.

Selon la décision des enseignants, certains élèves pourraient donc effectivement faire l’impasse sur des périodes qui peuvent sembler cruciales, comme les Lumières, les empires byzantins et carolingiens, ou encore la Réforme.

Bataille entre tradition et innovation

Devant la fronde, le CSP revoit sa copie. Exit les modules optionnels, retour à un programme unique. Les quelques changements chronologiques proposés sont maintenus (introduction du néolithique, chrétienté et islam étudiés en un seul et même thème…) et les programmes sont publiés au journal officiel du 26 novembre 2015. « Dès le départ, nous étions opposés à cette réforme et à sa structure, notamment sur les modules optionnels et obligatoires. Nous avons été entendus », souligne, satisfait, Bruno Benoît, historien et président de l’Association des professeurs d’histoire-géographie (APHG).

Le son de cloche est tout autre chez Patricia Legris, historienne et politologue, auteure d’une thèse sur l’écriture des programmes d’Histoire en France de 1944 à 2010. « Le premier projet soumis à la consultation était beaucoup plus novateur. Mais face à cette conception, on a vu une levée de boucliers venant des partisans d’une Histoire chronologique à la papa, à la Lavisse. Et ce sont des gens, comme le philosophe Alain Finkielkraut ou l’historien Dimitri Casali qui ont l’oreille du Gouvernement. Devant leur pression, le Gouvernement a rendu une nouvelle version beaucoup plus consensuelle. »

Charles VI et Isabeau de Bavière durant le traité de Troyes, Jean Froissart (CC0)
Charles VI et Isabeau de Bavière durant le traité de Troyes, Jean Froissart (CC0)

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— Journaliste

Journaliste formée à l’IEP de Lille et surtout sur le tas, j’ai une passion inexpliquée pour les tableurs, les collectivités locales et les changements de paradigmes dans notre société.

La Fabrique de l'info

Deux ans d’études universitaires en Histoire m’ont fait développer une tendresse particulière pour cette discipline. Intriguée par la force des polémiques autour des nouveaux programmes, et de manière plus large, autour de toute réforme de cet enseignement, j’ai voulu comprendre la réalité des changements à venir à la rentrée 2016-2017 et leurs conséquences.

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