Ukraine, entre révolution et rêve d’Europe

Deux ans après la révolution dite du « Maïdan », le gouvernement ukrainien, soutenu par l’Europe et les États-Unis, s’échine à mettre en place les réformes qui mettront enfin le pays sur la voie de la prospérité. Mais pour ceux qui ont manifesté sur la place de l’Indépendance comme pour le reste de la population, une certaine désillusion se mêle maintenant à l’enthousiasme des débuts. Pour une Ukraine en état de conflit permanent, enfoncée dans la crise économique, gangrenée par la corruption, le chemin qui mène au rapprochement avec l’Union européenne reste pavé d’obstacles.

par Fabrice Deprez
12 min
La place Maïdan
Durant la révolution qui a débuté fin 2013, la place de l'Indépendance était méconnaissable, prenant des allures de champ de bataille. (CC-BY Sasha Maksymenko)

La place de l’Indépendance a toujours été le lieu de rendez-vous et de rencontre habituel des habitants de Kiev. Sur les marches qui mènent à la colonne principale de la place, on se salue, on se repose, on se fait prendre en photo avec une colombe dressée sur l’épaule – une attraction prisée des touristes. Bars et cafés sont pleins, l’atmosphère est aussi agitée que joyeuse.

Impossible pourtant d’oublier que cet endroit a été le point de départ d’un enchaînement d’événements qui a abouti à la chute d’un président, l’annexion d’une région puis le déclenchement d’un conflit tuant près de 8 000 personnes. Les premiers étudiants, qui venaient protester en novembre 2013 contre le refus du président Victor Ianoukovytch de signer l’accord d’association avec l’Union européenne, ont, au fil des mois, été rejoints sur la place par un ensemble hétéroclite de citoyens ukrainiens. Cette question du rapprochement avec l’UE est peu à peu passée au second plan : la répression policière, l’arrivée de groupes nationalistes et enfin le vote par le parlement ukrainien de lois « anti-manifestations » ont contribué à faire de la dénonciation du pouvoir le principal carburant des manifestants. En février 2014, après plusieurs semaines d’affrontements entre protestataires et troupes anti-émeutes (qui ont fait près de 120 morts), le président Victor Ianoukovytch quittait le pouvoir, fuyant vers la Russie où il réside toujours.

Aujourd’hui, sur la route qui descend vers la place, les portraits des manifestants tués s’alignent, entourés de drapeaux ukrainiens. Sur la place elle-même, une représentation de l’Ukraine a été dessinée au sol – Crimée incluse. Une exposition permanente relate les exploits de l’armée et des bataillons de volontaires pendant le conflit. Ce dernier s’est déclenché dans l’Est du pays quelques semaines après l’annexion de la Crimée : le bataillon Azov, une unité aussi célèbre pour son héroïsme chez les Ukrainiens que pour ses penchants néo-nazis ailleurs (son insigne est récupéré d’une division SS), figure en bonne place. Les alentours du Maïdan Nezalenojsti (« Place de l’Indépendance », en ukrainien) sont parcourus en permanence par des hommes et des femmes, boîte transparente pendue au cou. Ils collectent de l’argent pour l’effort d’une guerre qui, malgré un cessez-le-feu fragile, reste dans tous les esprits.

Déclenché au printemps 2014, lorsque des petits groupes de rebelles se sont emparés de bâtiments administratifs dans le bastion industriel du Donbass, le conflit s’est embrasé pendant l’été (notamment grâce au soutien de la Russie aux groupes séparatistes) : à l’approche de 2016, l’Ukraine doit vivre avec deux « républiques populaires » (celle de Lougansk et de Donetsk, considérées comme des organisations terroristes par Kiev) qui contrôlent toujours de larges parts de l’Est du pays.

Un manifestant brandit un drapeau ukrainien.
Un manifestant brandit un drapeau ukrainien lors des révoltes populaires qui ont débuté en novembre 2013. (CC-BY Sasha Maksymenko)

Avant l’Europe, l’économie

Les drapeaux européens se mélangent toujours aux drapeaux ukrainiens dans la capitale. Bientôt trois ans après les premières manifestations, le désir de se rapprocher de l’Europe est toujours présent. Un sondage réalisé à travers tout le pays – aux exceptions notables de la Crimée et des territoires contrôlés par les séparatistes –  et publié en septembre montre que 51 % des Ukrainiens souhaitent que leur pays adhère à l’UE, contre seulement 17 % pour le projet russe d’Union eurasiatique.

L’UE ne veut pas sponsoriser nos problèmes

Mais si les Ukrainiens voient toujours d’un bon œil un éventuel rapprochement, ils sont aussi « sceptiques » concernant la possibilité d’une adhésion, note la sociologue Svetlana Babenko : « une part importante de la population pense que l’Union européenne n’est pas prête à accepter l’Ukraine car cette dernière est encore peu développée, et l’UE ne veut pas sponsoriser nos problèmes ». Cette idée – que la priorité est de régler les problèmes intérieurs avant d’envisager sérieusement une adhésion à l’UE – est de plus en plus répandue dans le pays. Et les problèmes intérieurs ne manquent pas.

Première sur la liste des préoccupations : la situation économique, qui n’a cessé de se dégrader depuis la révolution. Les différentes estimations considèrent que la chute du PIB en 2015 oscillera entre 10 % et 14%. Mais ce qui focalise l’attention, c’est avant tout l’effondrement de la monnaie ukrainienne (la hryvnia) et l’explosion des prix qui en a résulté : quasi-nulle en 2012 et 2013, l’inflation a été de 12,2 % en 2014 et pourrait dépasser les 45 % cette année.

« Ma priorité à l’heure actuelle, c’est de trouver du travail », lance de son côté Ruslan, ancien soldat des VDV, les troupes aéroportées. Le trentenaire est un habitué des combats, il a participé aux manifestations sur le Maïdan « du premier jusqu’au dernier jour ». Lorsque le conflit dans l’Est de l’Ukraine s’est aggravé, il est revenu dans l’armée, au sein d’un bataillon de volontaires. Il a notamment combattu plusieurs semaines dans l’aéroport de Donetsk, théâtre de l’une des plus féroces batailles du conflit. Rentré depuis à Kiev, il organise, au sein d’une association, l’aide aux soldats rentrés du front et à leurs familles.

Une femme tient le portrait de Ioulia Tymochenko.
Une vieille dame brandit un portrait de Ioulia Tymochenko, ancienne Premier ministre et figure de l'opposition à Victor Ianoukovytch. (CC-BY Sasha Maksymenko)
Il faut que la situation économique s’améliore

Pour lui, comme pour des millions d’Ukrainiens qui peinent à joindre les deux bouts, la question économique est cruciale : « Il faut que la situation économique s’améliore, bien sûr. Une fois que ce sera le cas, on pourra se débarrasser de la corruption et alors, les réformes iront très vite. » En tant que membre de l’armée régulière, il a touché 2 500 hryvnias, soit 100 euros, pour un an de conflit (dans un pays où le salaire mensuel moyen tourne autour de 200 euros). Démobilisé, il n’a maintenant aucune retraite, « absolument rien ».

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Les réformes peinent à convaincre

« C’est très lent ». Elena Elinova a du mal à masquer sa frustration. Travaillant dans une ONG qui communique sur la situation en Ukraine, la jeune femme estime que la priorité est aux réformes. Un point de vue partagé par le gouvernement ukrainien. Du secteur gazier à la police, en passant par la justice, le système bancaire, ou le régime des fonctionnaires, l’objectif est d’assainir les institutions et des secteurs parfois paralysés par la corruption et la lourdeur bureaucratique. Un chantier titanesque.

Après dix ans passés à étudier en France, Elena est revenue en Ukraine quelques mois avant le début de la contestation. D’abord hésitante face à la violence des manifestations, elle rejoint pourtant le mouvement à partir du mois de janvier, alors que ce dernier prend un tour encore plus brutal. Elle participe notamment au soutien humanitaire, transportant des médicaments pour les manifestants sur la place de l’Indépendance. Après la chute du président Ianoukovytch, elle rejoint le « Ukraine Crisis Media Center », où elle travaille toujours.

Aujourd’hui, une part majeure du travail d’Elena consiste à suivre les réformes réalisées par le gouvernement ukrainien. D’une ampleur inédite depuis l’indépendance du pays en 1991, elles doivent à terme transformer l’État ukrainien en profondeur, avec l’objectif de rapprocher le pays des standards européens. L’activité du gouvernement est frénétique. Soutenu par les USA, l’Union européenne et plusieurs organisations internationales comme le FMI et la Banque mondiale, il a fait adopter des dizaines de mesures pour faciliter la vie des entreprises, réduire la dépendance énergétique du pays, neutraliser la corruption ou privatiser des centaines d’entreprises d’État en ruine.

Un manifestant se tient près d'un feu lors des manifestations.
Les manifestants ont poursuivi durant de longues semaines les mouvements de protestation, malgré la rigueur de l'hiver ukrainien. (CC-BY Sasha Maksymenko)

Pour soutenir cet effort, plusieurs dizaines d’hommes politiques et d’experts étrangers, originaires notamment des pays baltes et de Géorgie, sont venues prêter main-forte au gouvernement. Adomas Audickas, un Lituanien de 32 ans, est par exemple en charge du programme de privatisation. Tout juste diplômé d’une école de commerce française, il a déjà travaillé pour le ministère de l’Économie lituanien et est devenu l’un des plus jeunes représentants de cette vague d’étrangers au chevet du gouvernement local.

C’est tout un système qu’il faut casser

Malgré l’énormité du chantier entamé, les Ukrainiens se montrent plus pessimistes que jamais sur leur avenir. Un sondage réalisé chaque mois par le Centre Razmukov (un institut de sondage ukrainien) indiquait qu’en septembre 2015, 66 % de la population considéraient que le pays allait « dans la mauvaise direction », le chiffre le plus élevé depuis 2009. Et si la crise économique joue un rôle majeur dans ce pessimisme, l’opinion publique juge sévèrement l’efficacité des réformes . « On voulait que ça aille beaucoup plus vite », soupire Elena. « Mais le gouvernement est bloqué par le conflit. Et puis c’est tout un système qu’il faut casser, il y a beaucoup de fonctionnaires qui font tout pour s’y opposer. »

L’un des problèmes majeurs est celui de la corruption. Sa dénonciation était l’un des principaux moteurs de la révolution ukrainienne. Elle a permis de rassembler des groupes de manifestants aux profils et aux revendications parfois très différentes. « Les manifestants venaient pour plusieurs raisons », note ainsi la sociologue Svetlana Babenko, « mais ce qui les a vraiment unifiés, c’était d’être opposés aux mêmes choses ». Notamment à une corruption qui touche tous les pans de la société, depuis les contrôles routiers invariablement synonymes de pot-de-vin jusqu’aux sièges du Parlement vendus au plus offrant.

Une barricade durant le Maïdan.
Sur les barricades érigées durant le Maïdan, les drapeaux ukrainiens et européens se mêlaient. (CC-BY-SA Mstyslav Chernov)

Malgré les multiples promesses du gouvernement suite au soulèvement du peuple, les choses n’ont que peu changé lors des trois années écoulées. Plusieurs institutions dédiées à la lutte contre la corruption ont été créées, mais leur mise en place a été retardée par des lourdeurs administratives et de multiples oppositions au sein de l’appareil d’État. Des tensions permanentes existent ainsi entre le Bureau national anti-corruption, qui devra à terme enquêter sur les cas de corruption d’État mais n’a toujours pas commencé à travailler, et le Procureur général, chargé de traduire en justice les personnes arrêtées par le Bureau. La nomination même des nouveaux procureurs est le sujet d’intenses tractations politiques qui aboutissent rarement à l’arrivée d’officiels intègres. De fait, malgré le travail de dizaines de journalistes ukrainiens pour exposer l’ampleur des détournements de fonds réalisés par le gouvernement de Ianoukovytch, le nombre de condamnations d’officiels de haut niveau depuis l’élection du nouveau président sonne d’un résonnant « zéro ». De manière plus globale, l’expert anti-corruption Victor Solovyov note, dans un article publié par Euractiv, qu’en 2014, 788 personnes ont été condamnées pour corruption à l’échelle du pays entier, un chiffre extrêmement faible considérant l’ampleur du problème.

Une révolution en danger ?

L’insatisfaction face au rythme des réformes entraîne deux craintes : d’un côté, celle d’une lassitude de la population et de l’autre, celle de sa radicalisation. Les germes de ces deux menaces sont déjà là : plusieurs sondages indiquent qu’en plus d’être insatisfaits du déroulement des réformes, les Ukrainiens se sentent de moins en moins prêts à sacrifier leur bien-être à court terme pour d’éventuels bénéfices dans le futur.

Les activistes les plus actifs sur le Maïdan sont aujourd’hui particulièrement déçus

Dans le domaine politique, la sociologue Svetlana Babenko note que la courbe de popularité de l’actuel président Petro Porochenko suit exactement celle de Viktor Iouchtchenko, qui était arrivé au pouvoir après la « révolution Orange » de 2004. « La révolution Orange s’est caractérisée par un espoir énorme, puis une déception de même ampleur. Or, les données indiquent que la même chose est en train de se passer aujourd’hui : les activistes qui étaient les plus actifs sur le Maïdan sont aujourd’hui particulièrement déçus. »

Quant à la radicalisation, une illustration criante en a été faite à la fin du mois d’août. À l’époque,  le Parlement statuait sur la décentralisation du pays : l’annonce du vote (qui pourrait, à terme, donner une certaine autonomie aux régions de l’Est contrôlées par les séparatistes) a entraîné des émeutes, culminant avec un lancer de grenade qui a tué trois policiers.

Une patrouille de policiers.
Des forces de police patrouillent dans Kiev durant le Maïdan. (CC-BY Sasha Maksymenko)

Il ne s’agissait pas du premier avertissement : pendant l’été, une fusillade entre des membres du groupe « Secteur Droit » (une organisation d’extrême droite) et la police avait fait un mort et près d’une dizaine de blessés dans une ville de l’Ouest du pays. Des groupes ultranationalistes, à l’assise électorale très faible mais composés de vétérans du conflit, se disent prêts à renverser le gouvernement par la force si les choses n’évoluent pas assez vite. Face à ces menaces, la réponse du gouvernement reste à l’heure actuelle très limitée : ces organisations peuvent toujours opérer librement et aucun désarmement de grande ampleur n’a eu lieu pour l’instant. Elles demeurent un danger potentiel pour l’État ukrainien.

L’importance de résultats visibles

Pour contrer l’insatisfaction générale de la population face aux réformes et le danger posé par les groupes radicaux, il faut des résultats, et vite. La dégradation de la situation économique semble désormais se stabiliser. Sans pouvoir encore parler de reprise, la possibilité que le pire soit derrière est réelle. Et malgré l’insatisfaction générale, le programme de réformes entamé par le gouvernement est sans conteste le plus important depuis l’indépendance du pays. Lors d’une visite à Kiev en septembre 2015, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s’est d’ailleurs enthousiasmée de l’ampleur des efforts, jugeant « incroyable » ce qui avait déjà été accompli.

Le gouvernement reste néanmoins pénalisé par l’absence de mesures visibles par le citoyen ordinaire. L’une des rares à rentrer dans cette catégorie a été la création d’une nouvelle force pour le maintien de l’ordre, la « police de patrouille ». Vêtue de nouveaux uniformes, équipée de voitures flambant neuves, elle est maintenant déployée dans plusieurs grandes villes d’Ukraine et généralement appréciée d’une population qui associe les forces de l’ordre classiques à la corruption. Elena Elinova se montre assez perplexe : selon elle, le travail de cette nouvelle police se limite pour l’instant à « descendre les chats bloqués dans les arbres ». La majorité des prérogatives appartient toujours à l’énorme militsia, la police héritée de l’URSS, dont la réforme vient à peine d’être entamée. Au-delà des forces de l’ordre, une majorité d‘Ukrainiens attend désormais des mesures tangibles pour améliorer leur quotidien.

Contrôle routier de la police à Kiev.
La toute nouvelle « police de patrouille » effectue un contrôle routier dans le centre de Kiev. (photo Fabrice Deprez)

Entre Europe et Russie

À Odessa, quelque 500 km au sud de Kiev, point de symboles européens. À première vue, c’est le caractère « patriote » de la ville qui saute aux yeux : les rues de la vieille ville, bâtie par des architectes français et italiens au XIXe siècle, sont ainsi bardées de drapeaux ukrainiens, tandis que des graffitis font un peu partout l’éloge de la révolution.

Le reflet d’un soutien unanime ? La réalité est plus nuancée. Ici, la révolution du Maïdan a fait l’objet d’une grande méfiance, voire d’un véritable rejet. Au printemps 2014, des affrontements entre des soutiens du nouveau gouvernement et une cohorte d’opposants ont fait près de 40 morts – la plupart des manifestants pro-russes –, brûlés vifs dans l’incendie d’un bâtiment. Bien que les craintes d’un mouvement séparatiste soient aujourd’hui à peu près nulles dans la région, l’événement a engendré un traumatisme et la question du sentiment local reste sensible.

Odessa, comme d’autres grandes villes d’Ukraine, est pourtant une illustration criante du caractère trompeur des termes « pro-russe » et « pro-ukrainien ». Ici, il est possible de parler russe, de se considérer comme de culture russe, de détester le gouvernement actuel et la révolution qui l’a amené au pouvoir, tout en se considérant comme Ukrainien. « Odessa est spéciale », lance ainsi Anna, qui enseigne à l’université polytechnique : « culturellement c’est une ville russe, mais en même temps c’est une ville qui a toujours été multi-ethnique, avec des Grecs, des Ukrainiens, des Russes, des juifs… c’est un port de passage et de commerce, alors que la Crimée n’a toujours été qu’une forteresse militaire. »

Un drapeau ukraino-européen.
Un drapeau ukraino-européen en tissu est noué sur un barrière de Kiev. (photo Fabrice Deprez)

La question des relations avec la Russie est l’autre grand enjeu de la « nouvelle Ukraine ». Pour beaucoup d’activistes issus de la révolution, l’objectif est clair : il faut « s’arracher » à l’influence russe. « J’aimerais juste que l’on construise un mur à la frontière, qu’on n’ait plus rien à faire avec la Russie », indique par exemple Elena. Se détourner de Moscou est pour eux autant une question de sécurité nationale que de principe, la Russie symbolisant le système corrompu et dictatorial auquel ils veulent justement échapper.

Je suis ukrainienne, oui, mais je me sens aussi russe

Mais la question ne fait pas l’unanimité. « Je ne pense pas à la Russie comme un pays étranger. Je suis Ukrainienne, oui, mais je me sens aussi Russe », déclare ainsi Anna. Au-delà des liens culturels et sociaux entre les deux pays (pour un Ukrainien, avoir un ami, une sœur ou un collègue vivant en Russie est relativement banal), les économies ukrainiennes et russes restent, deux ans après la révolution et malgré les sanctions, particulièrement liées. À titre d’exemple, la Russie représentera toujours cette année 40% des approvisionnements ukrainiens en gaz. Dans ces conditions, et même chez ceux qui soutiennent un rapprochement avec l’Europe, l’idée de couper les ponts avec la Russie divise. Est-ce réaliste ? Est-ce même souhaitable ? Peut-on se permettre de se séparer d’un voisin aussi important ? Peut-on maintenir des relations avec un pays ayant annexé une partie du territoire ukrainien ? Autant de questions complexes auxquelles la société ukrainienne devra forcément répondre, pour achever un périple vers l’indépendance entamé il y a 25 ans.

— Journaliste indépendant

Je m’intéresse à beaucoup de choses mais parce qu’il faut faire des choix, je regarde plus particulièrement du côté de l’Europe de l’Est et des histoires de gros sous. J’aime écrire et, surtout, rendre compréhensibles des histoires compliquées au premier regard.

La Fabrique de l'info

Depuis longtemps intéressé par l’Europe de l’Est, j’ai suivi la révolution ukrainienne et ses conséquences depuis son commencement. De loin tout d’abord, puis sur place : si les réseaux sociaux permettent aujourd’hui des choses formidables, ils ne remplacent en rien la réalité du terrain. Je suis longtemps resté relativement passif, m’imprégnant d’actualités sur les émeutes à Kiev et l’annexion de la Crimée, avant de m’intéresser plus activement au conflit dans l’Est de l’Ukraine et à la présence de troupes russes dans la région. J’ai alors griffonné quelques analyses « open source », décrivant les régiments russes basés à la frontière ukrainienne, des informations qui n’intéressent qu’une frange très spécialisées de journalistes et d’experts. Dans le même temps, je regardais avec un intérêt croissant ce qui se passait dans le reste du pays, et notamment ce que beaucoup ont commencé à appeler le « second front » : les réformes. Un plan extraordinairement ambitieux, avec des problèmes si nombreux que l’ampleur de la tâche finit, vue de l’extérieur, par effrayer. Montrer l’impressionnant chantier auquel s’attaque l’Ukraine aujourd’hui (et qui est loin de se limiter aux « simples » réformes) est ainsi devenu pour moi un objectif majeur.

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