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1er mai : pétitions et « clictivisme », l’autre visage des mobilisations

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Les pétitions en ligne, mobilisations d'un genre nouveau. (Illustration CC BY MadFishDigital)

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Alors que les syndicats rêvent d’une convergence des luttes et profitent du 1er mai pour mettre en avant leurs revendications, les mobilisations se déclinent en ligne. Le succès des pétitions illustre ces nouvelles formes d’activisme, même si leur impact reste discuté.

Rendez-vous traditionnel et incontournable pour les organisations syndicales, le 1er mai s’inscrit cette année dans la continuité d’un printemps social agité. Cheminots, personnel des Ehpad, fonctionnaires, étudiants et retraités, ce mouvement national fait écho à celui qui agitait le pays il y a deux ans. En février 2016, le projet de loi El Khomri cristallisait en effet les tensions et se traduisait par des manifs à répétition. Une mobilisation dans la rue qui s’est accompagnée de son pendant numérique.

« Loi travail : non, merci ! », « Salarié.e.s ou non : cette réforme nous concerne toutes et tous ! Interpellez la ministre du Travail et demandez-lui de renoncer à ce projet. » Par ces mots, des militants associatifs et syndicalistes espéraient mobiliser l’opinion. Leur pétition en ligne, largement relayée, a battu des records : elle a recueilli 1 363 179 signatures sur la plateforme Change.org à sa clôture, quelques semaines plus tard.

Le site Change, qui a passé il y a peu la barre des dix millions d’inscrits en France, s’est développé dans le monde entier. Il n’est pas seul du genre, puisque d’autres acteurs tels qu’Avaaz.org ou Mesopinions.com permettent également aux internautes de s’engager. Cette forme d’activisme en ligne, parfois surnommée le « clictivisme », a vu le jour au début des années 2010 et se voit encouragée par l’essor des réseaux sociaux. De quoi offrir aux citoyens un outil supplémentaire pour alerter les autorités.

Soutenue par l’Agence du numérique, une étude dévoilée l’an passé a porté sur « les usages numériques des Français et le pouvoir d’agir ». Elle a notamment permis d’illustrer la démocratisation de la pétition en ligne, devenue courante pour les internautes.

Les petites gouttes

Vincent, de l’indépendance à la SCOP : un gain de sérénité

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Pour Vincent, monter une SCOP lui a permis de gagner en sérénité (Illustration Caroline Pageaud)

Vincent, sixième petite goutte du documentaire de Pauline Antipot a quitté son statut précaire de développeur freelance pour monter une SCOP avec deux autres associés. Résultat, un gain de sérénité.

Il y a quelque chose de différent chez Vincent par rapport aux autres Petites gouttes ?

Vincent est celui, parmi les petites gouttes, qui a le plus redéfini son rapport au travail : il n’a pas changé de métier, mais a réfléchi sur les normes et s’en est affranchi. Il a quitté cette pression sociale et familiale et les conditionnements qui vont avec. C’est celui qui répond le mieux à la problématique du documentaire : qu’ont fait ces trentenaires pour changer le travail ?

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Luttes

De Fiat en 2011 à Air France en 2018, le référendum comme arme de persuasion massive

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La direction d’Air France offre pour toutes les catégories de personnels une augmentation de 2 % en 2018 et de 5 % supplémentaires échelonnés entre 2019 et 2021. L’intersyndicale, elle, réclame toujours 5,1 % d’augmentation générale dès 2018.

Le vote des salariés avait à l’époque renforcé l’ancien président d’Air France, lui permettant de mettre en œuvre son plan de restructuration avec 5 000 suppressions de postes à la clef.

« Un départ serait mal accueilli car il montrerait combien il est difficile de revoir la base de coûts d’Air France- KLM », juge un analyste boursier interrogé dans la rubrique Investir des Echos.

Guillaume Gourgues, avec Jessica Sainty, « La négociation d’entreprise au piège du référendum. Les enseignements des nouveaux accords d’entreprise des usines italiennes Fiat (2010-2011) », Sociologie du Travail, 5 (3), 2015, p. 344-368.

En mars 2017, les salariés de la filiale d’EDF était appelés à se prononcer par référendum sur un accord temps de travail, l’une des premières consultations de ce type permises par la loi El Khomri. Ils avait voté très majoritairement contre le texte.

Un référendum en ligne est lancé le 26 avril auprès des 47 000 salariés du groupe pour tenter de sortir du conflit qui oppose la direction d'Air France à l'intersyndicale depuis onze jours (Illustration : CC BY-SA Not4rthur)

Remontant le fil des différentes expériences de référendum utilisées par le passé pour délégitimer l'opposition syndicale, Guillaume Gourgues, maître de conférence en sciences politiques à l’Université de Franche-Comté, décrypte la stratégie choisie par le PDG d'Air France, Jean-Marc Janaillac afin de sortir du conflit qui l'oppose à l'intersyndicale de la compagnie depuis onze jours.

Alors que le conflit qui oppose la direction d’Air France à l’intersyndicale, représentant tous les corps de métier de la compagnie, dure maintenant depuis onze jours, son PDG, Jean-Marc Janaillac, a décidé de trancher dans le vif : un référendum en ligne est lancé le 26 avril auprès des 47 000 salariés du groupe pour tenter de sortir du conflit. Une seule question sera posée au personnel naviguant, comme au personnel au sol : « Pour permettre une issue positive au conflit en cours, êtes-vous favorable à l’accord salarial proposé le 16 avril 2018 ? ». Jean-Marc Janaillac joue ici son va-tout : « Si le résultat est négatif, je ne vois pas comment je pourrais rester à la tête d’Air France », a-t-il prévenu la semaine dernière. Si cette consultation en ligne n’a aucune valeur juridique, et ne permet donc pas de trouver une issue au conflit, quelle que soit la réponse à cette consultation, sa valeur symbolique, elle, est considérable. En affirmant vouloir redonner la parole aux « 90% d’employés » non grévistes, et de leur « permettre de prendre part au débat pour l’avenir d’Air France« , la direction de la compagnie tente de contourner l’opposition syndicale, et de décrédibiliser la légitimité de ses revendications. Une stratégie qui a fait ses preuves à maintes reprises par le passé. Chez Air France, déjà, en 1994, mais aussi chez Fiat, en 2011. Pour Guillaume Gourgues, maître de conférence en sciences politiques à l’Université de Franche-Comté et spécialiste de la négociation d’entreprise, la démarche enclenchée par la direction d’Air France s’inscrit ainsi dans un mouvement plus global de remise en cause, par le patronat, de l’exercice de la démocratie sociale au sein de l’entreprise.

recyclage

Du verre au plastique, la consigne fait peau neuve

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500 000 tonnes
de déchets d’emballages évitées chaque année grâce aux bouteilles en verre consignées dans les cafés, hôtels et restaurants français. Partager sur twitter

ADEME, 2011, Consigne pour les emballages de boissons

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Les petites gouttes

Adèle, de la précarité de l’auto-entrepreneuriat à la sécurité de la fonction publique

Après Amandine, Luc, Axelle et Grégor, la série documentaire dont nous sommes partenaires, Les Petites gouttes, nous embarque à la rencontre d’Adèle, hier écrivaine et éditrice, aujourd’hui cheffe de projet à mi-temps dans la fonction publique. Pauline Antipot, la réalisatrice, raconte comment et pourquoi, un jour, Adèle a quitté sa vie de freelance pour retrouver un travail salarié.

Adèle semble avoir fait le chemin inverse des précédentes Petites gouttes. Elle apparaît sûre de son choix, non ?

Quand je l’ai rencontrée, ce qui m’a marquée, c’est sa sérénité : elle était sûre de ses choix, et elle savait où elle allait. De toutes les Petites gouttes rencontrées, c’était la plus posée. Elle sait pourquoi elle est là. Avant, Adèle était auto-entrepreneure et associée avec des amis dans une maison d’édition. Avec son compagnon, ils attendaient leur premier enfant. Elle a dû prendre une décision et se mettre à mi-temps. Mais dire “j’arrête à temps plein” n’était pas évident.

justice

Justice d’instance : petites affaires, grands enjeux

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Les Tribunaux d’instance ont été les plus violemment touchés par la réforme de la carte judiciaire de 2007. On comptait 478 TI en 2007, et, entre cette année-là et 2017, 178 ont été supprimés. Qu’on se rassure, la carte en compte 7 petits nouveaux depuis!

Au-delà de la question de son effectivité, la justice de proximité revêt également une importance symbolique majeure dans les territoires. (Illustration : CC BY kynd_draw)

Moins médiatisés que leurs illustres collègues, les juges d'instance n'en sont pas moins essentiels à l'exercice de la justice au quotidien. Contre une vision de la justice hors-sol, désincarnée, ils défendent coûte que coûte une vision de celle-ci plus proche des hommes et des territoires. Mais le ministère de la Justice en a décidé autrement. Depuis 1958, date de suppression des juges de paix, la  mode est plutôt à la concentration des moyens et à la suppression des tribunaux. Au risque de dénaturer leur mission de proximité ?

Difficile de trouver des juges témoignant à visage découvert. Dans la magistrature, le devoir de réserve n’est pas une vaine expression. Tout comme la fidélité à sa hiérarchie. Cette culture du secret n’a été rompue qu’à de rares exceptions. Pourtant, la semaine dernière, 250 juges d’instance regroupés en un collectif ont décidé d’adresser une lettre ouverte au Premier ministre, Édouard Philippe, et à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Paru dans Libération, le texte s’alarme de « la fermeture des tribunaux d’instance », perçue par les magistrats comme l’ultime manifestation de la logique de concentration des lieux de justice à l’oeuvre depuis cinquante ans.

Leur inquiétude semble partagée par l’ensemble de la profession judiciaire, dont une partie a décidé de faire grève mercredi dernier pour dénoncer le projet de réforme de la justice, présenté cette semaine en conseil des ministres. Tribune dans un quotidien national, manifestations, grève et slogans relayés sur les réseaux sociaux… Autant de moyens destinés à attirer l’attention des médias sur la justice d’instance, souvent négligée au profit d’affaires judiciaires plus flamboyantes. « La justice d’instance, c’est un peu moins sexy que la cour d’Assises », m’explique un juge ayant souhaité rester anonyme. « Nous ne traitons ‘que’ des petites choses du quotidien, mais je pense que ces petites choses sont tout aussi importantes pour la paix sociale. »