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Faucheurs volontaires : nouveaux OGM, vieilles luttes

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En 2011, l’INRA et le CNRS ont publié une étude sur les VrTH qui a mis en avant des risques de contamination des parcelles voisines, similaires à ceux liés aux OGM. Ces mêmes risques avaient d’ailleurs poussé le gouvernement à suspendre en 2008, le colza transgénique.

Alors que les OGM ont été interdits en France il y a dix ans, les « faucheurs volontaires » ont ressorti leur faux. Depuis 2010, ils sont engagés dans une nouvelle lutte contre ce qu'ils appellent les « nouveaux OGM ».

Les OGM de retour dans le débat public ? Ces 5 et 6 avril, 36 militants anti-OGM devaient se rendre à la barre du tribunal de Dijon pour avoir détruit plusieurs parcelles de colza en Côte d’Or, le 28 novembre 2016. Finalement repoussée à une date ultérieure, leur comparution mérite que l’on s’y attarde, surtout devant l’importance des enjeux qu’elle soulève. Les « faucheurs volontaires » incriminés n’avaient, pour une fois, pas focalisé leur lutte contre des plantes à l’ADN directement modifié. Dans leur viseur ce jour-là, du colza qui ne trépasse pas au passage de désherbant. Des VrTH (pour Variétés rendues tolérantes à un herbicide) que les militants surnomment « les nouveaux OGM », ou encore les « OGM cachés », et qu’ils ont prises comme nouvelle cible de leur combat, dix ans après avoir réussi à faire interdire la culture d’OGM sur le territoire français.

À une décennie d’intervalle donc, la lutte des « faucheurs » vise une nouvelle cible, mais les desseins et les acteurs du combat sont bien les mêmes : défendre la préservation de l’environnement contre les semenciers pourvoyeurs d’OGM et de VrTH. « Nous sommes dans la même situation qu’en 1998 », haute époque de la lutte contre les OGM, estimait en 2015 dans le Journal de l’environnement Patrick Rivolet, porte-parole d’un collectif visant à protéger la biodiversité et les abeilles, les papillons et autres pollinisateurs. La question qui se pose sera de savoir si le combat contre les « nouveaux OGM » aura le même dénouement que le précédent.

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Zones défavorisées : nouvelle carte, vieux problèmes pour les agriculteurs

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Le mécontentement gagne du terrain dans toute la France. Blocages routiers dans le Gers ou le Tarn-et-Garonne, villages mis en vente sur Le Bon Coin dans l’Aude, rassemblements dans le Béarn ou lisier déversé dans les Deux-Sèvres…

Depuis l’annonce par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, du projet de réforme de la carte des zones défavorisées « simples » (hors zones de montagne), syndicats et agriculteurs s’inquiètent des conséquences potentielles de son remodelage, dont le projet définitif doit être présenté ce jeudi à la Commission européenne. Ce classement, initié en 1976 dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) pour compenser les handicaps naturels (climat, pente, qualité des sols…) ou socio-économiques dont souffrent certains territoires agricoles, permet aux exploitants installés dans ces zones de percevoir une indemnité dite « compensatrice de handicap naturel » (ICHN). Son coût ? 1 milliard d’euros par an rien que pour la France, inscrits au budget annuel de la PAC.

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Crise du lait : d’année en année, les éleveurs trinquent

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Outils de la politique agricole commune depuis 1984, les quotas laitiers avaient pour but de réguler les prix du lait en fixant une limite de production laitière pour chaque État membre. Le « bilan de santé de la politique agricole commune », signé le 20 novembre 2008, y met fin. Il prévoit une augmentation progressive des quotas laitiers (1% par an) avant leur disparition complète au 1er avril 2015 afin d’assurer un « atterrissage en douceur » du secteur. L’élimination de ces quotas doit permettre « un accroissement de la production, une baisse des prix et un renforcement de la compétitivité du secteur ».

L’histoire de Lactalis est intrinsèquement liée à la famille Besnier. Le grand-père de l’actuel PDG du groupe, André Besnier, fonde la Laiterie Besnier à Laval en 1933 avec un seul salarié. Son fils, Michel Besnier, reprend l’entreprise familiale en 1955 et la fait accéder au rang de premier groupe laitier mondial. À sa retraite, en 2000, Michel Besnier passe le relais à son fils, Emmanuel Besnier, désormais à la tête du groupe rebaptisé Lactalis. Selon Forbes, le patron milliardaire de Lactalis est, depuis l’an dernier, la 8e fortune de France.

En 2008, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) met un terme à la négociation collective des prix du lait au niveau interprofessionnel, mécanisme qui permettait jusqu’alors de fixer les prix au préalable et donc, de les stabiliser. Depuis, à chaque trimestre, ceux-ci font l’objet d’une nouvelle négociation entre producteurs, transformateurs et distributeurs.

L’embargo alimentaire a été décrété le 7 août 2014 par Vladimir Poutine en réponse aux sanctions économiques contre Moscou après l’annexion de la Crimée et son implication dans la guerre dans le reste de l’Ukraine. Pendant toute la durée de l’embargo, les importations russes de produits laitiers ont baissé de 78%. Si la France n’est pas directement concernée, elle subit indirectement les effets de la mesure avec le report des exportations de gros producteurs laitiers comme l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande, qui fait baisser le cours du beurre et de la poudre de lait en France.

Un dispositif d’écoute pour les agriculteurs en détresse a également été mis en place par la MSA en octobre 2014. Plus de 1 700 appels ont été reçus au premier semestre 2016 (285 appels par mois en moyenne), contre 300 appels en moyenne, par trimestre, en 2015. Les principaux motifs sont les soucis financiers et problèmes tels que l’isolement géographique ou relationnel des adhérents agriculteurs.

En réaction à la crise laitière de 2009 est promulguée la Loi de modernisation de l’agriculture, le 27 juillet 2010. Elle prévoit la formalisation de contrats écrits, proposés à l’agriculteur par l’acheteur des produits agricoles, et les clauses minimales de ces contrats. Ces contrats sont conçus comme des outils de régulation afin de pallier la suppression progressive des quotas laitiers et de rééquilibrer le rapport de force entre éleveurs et acheteurs de produits laitiers (transformateurs, distributeurs…).

Promulgué à la suite de la crise de 2009, le « Paquet Lait », devenu effectif à partir de 2012, est un ensemble de nouvelles réglementations européennes visant à renforcer la position des producteurs de lait dans la chaîne d’approvisionnement en produits laitiers. Il permet ainsi aux agriculteurs, moyennant certaines limites, de négocier collectivement les clauses contractuelles en se regroupant en organisations de producteurs (OP). Cependant, le volume de lait qu’une organisation de producteurs peut négocier est limité à 3,5% de la production totale de l’UE et à 33% de la production totale de l’État membre concerné.

Le GAEC ou Groupement agricole d’exploitation en commun est l’un des quatre statuts juridiques existants pour les sociétés civiles agricoles. Il est aussi l’un des plus utilisés car il facilite la transmission progressive du capital au sein de GAEC familiaux. Surtout, il permet à chaque associé de bénéficier du statut d’agriculteur et de ses avantages.

Annoncés par Emmanuel Macron en juin dernier, les États généraux de l’alimentation, qui se déroulent actuellement à Paris, réunissent entre autres tous les acteurs de la filière laitière. Leur but ? Aboutir à « une vaste remise à plat des relations entre les agriculteurs, les transformateurs de produits alimentaires et les distributeurs » afin de permettre aux agriculteurs « de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes ». Au terme de ces négociations, une première « feuille de route de l’agriculture française » sera dévoilée par le ministre de l’Agriculture, dans deux mois.

Les récent États généraux de l'alimentation permettront-t-ils enfin aux éleveurs laitiers de vivre décemment de leur travail ? En crise depuis de très longues années, le secteur (sur)vit au rythme des variations de prix et des évolutions législatives. Entre fin des quotas laitiers et bras-de-fer déséquilibré avec les industriels, bienvenue dans un univers impitoyable. Pour en dessiner les contours, L'imprévu s'est rendu en Mayenne, berceau de Lactalis.

Le 18 septembre 2009, une marée blanche submerge la baie du Mont Saint-Michel. Avec « plus de 300 tracteurs », des agriculteurs venus de toute la France répondent à l’appel de l’Association des producteurs de lait indépendants (APLI) et déversent quelque 3,5 millions de litres de lait sur les plages de la Manche. Pendant les treize jours que dure cette première grève européenne du lait, des épandages synchronisés de milliers de litres de lait sont organisés en France, en Allemagne et en Belgique. Une colère qui trouve son origine dans une mesure validée, un an plus tôt, par les États membres de l’Union européenne : la fin des quotas laitiers pour 2015. Florent Renaudier, éleveur en Mayenne, s’en souvient comme si c’était hier : « De mémoire d’agriculteur, on n’avait jamais connu ça ».

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L’amour est dans le pré, atout cœur des agriculteurs

zoe-baillet

Chaque hiver, M6 diffuse les portraits d’une petite quinzaine d’agriculteurs et d’agricultrices. Dès lors, tous ceux qui le souhaitent peuvent leur écrire (via M6) pour tenter de les séduire. Parmi ces courriers, les candidats sélectionnent maximum dix prétendants qu’ils rencontreront lors d’un speed dating (un rendez-vous de quelques minutes seulement). Ils doivent alors décider qui sont les deux personnes qu’ils accueilleront chez eux, à la ferme, pendant une semaine avant de faire leur choix final et désigner l’élu(e) de leur cœur.

Christophe Giraud comme Véronique Louazel, chargée d’études au sein de l’association Solidarité paysans citée plus bas dans cet article, le regrettent tous les deux : rares sont les données statistiques concernant la population agricole en particulier. « Les premières données sur le suicide ont été publiées en 2013 », cite en exemple Véronique Louazel. L’agriculture sous le prisme de la production, oui. Sous le prisme de l’humain, beaucoup moins.

Difficultés financières, contraintes de travail lourdes, pressions familiales… De plus en plus, la santé mentale des agriculteurs se détériore, comme le montre l’étude de Solidarité paysans. La partie émergée de cet iceberg : les suicides. Dans le monde agricole, la « mortalité pour causes externes, dont les suicides » est nettement supérieure à celle observée dans la population générale : « 28% contre 9% pour la période 2007-2009 », indique le rapport de l’association.

Elle souhaite garder l’anonymat mais une ancienne candidate de l’émission a accepté de me répondre et de me livrer son amertume quant au programme de M6. « Le montage est extrêmement orienté, les femmes on nous fait passer pour des mégères. J’étais l’exploitante trop patronne, grosse et pas jolie, qu’on comprenne bien pourquoi j’étais seule ». En 2012, le magazine Télérama critiquait, lui aussi, le programme de téléréalité et sa manière « d’utiliser » les exploitants agricoles.

« Ça fait longtemps que tu es célibataire ? »« tu es plutôt fleur bleue ? »« t’es tactile toi ou pas ? ». Onze ans. Onze ans maintenant que, chaque été sur M6, des agriculteurs acceptent de répondre aux questions (très) indiscrètes de Karine Le Marchand et de ses prédécesseures, dans l’espoir de trouver l’amour. Que l’audience soit au rendez-vous, pourquoi pas. Mais que des exploitants agricoles continuent d’affluer en nombre pour participer à l’émission de téléréalité L’amour est dans le pré, plus étonnant non ? Sauf quand on sait à quel point la solitude fleurit dans les champs...

Un grand panneau en bois à l’entrée d’un chemin de terre : comme beaucoup d’exploitations agricoles, la ferme de La Chenaie fait son possible pour indiquer sa présence à la sortie de Sacquenay, petit village de Côte-d’Or. Si la plupart des automobilistes passant par là peuvent être happés par le bel arbre fruitier qui orne le panneau, mon regard s’arrête plutôt sur les deux prénoms qui y sont mentionnés : Éric et Florence, associés par un joli cœur.

« Attendez, je benne le cassis à la petite et je suis à vous ce que le beurre est aux épinards ». Ça, c’est Éric qui vient de revenir de l’un de ses champs de cassissiers. Agriculteur à plein temps depuis sept ans, il cultive donc des fruits — pommes, poires, cassis, groseilles —, qu’il transforme lui-même en confitures, sirops ou autres nectars. Une phrase sortie de sa bouche et l’on reconnaît déjà cette gouaille chaleureuse qui avait fait de lui l’un des personnages phares de l’été 2015 sur M6.

Éric et Florence. Ces deux prénoms, c’est l’émission de téléréalité L’amour est dans le pré qui a permis de les rapprocher. Apparu le 6 juillet 2006 sur le canal numéro six de nos téléviseurs et adapté d’un concept britannique, le programme veut jouer les entremetteurs entre des exploitants agricoles esseulés et des prétendants ou prétendantes tombés sous leur charme en les découvrant quelques minutes à la télé. Chaque été, la même recette est appliquée : entre deux gros plans sur les animaux de la ferme ou les belles campagnes françaises et une bande musicale digne de Chérie FM, des exploitants de 24 à 64 ans dévoilent sur petit écran leur intimité et leur histoire sentimentale dans l’espoir de trouver l’âme soeur. Sous le regard fidèle de trois à plus de six millions de téléspectateurs les années les plus fastes.

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Algues vertes : un mal de mer qui revient au galop

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« J’ai vu mon cheval arrêter de ventiler », confie le cavalier au journal de 20 heures de France 2 (16’55) peu après son accident. Il traversait le ruisseau du Roscoat qui débouche sur la plage de Saint-Michel-en-Grève. Le cavalier a été sauvé par des employés de l’entreprise de ramassage d’algues, témoins des faits.

La laitue de mer se consomme fraîche après une récolte au printemps. Elle se mange cuite ou crue, sa saveur est proche des épinards. Et comme pour le plat préféré de Popeye, on lui prête des atouts nutritifs intéressants en raison de sa teneur en fer.

L’Ineris a été sollicité pour estimer les teneurs en hydrogène sulfuré et déterminer la présence d’autres composés gazeux toxiques susceptibles d’être émis par les algues vertes (ou ulves) en cours de fermentation. « Ces résultats ont confirmé la nécessité d’appliquer des mesures de prévention visant à éviter l’accumulation et la fermentation des algues dans des lieux accessibles au public, par des actions de ramassage », a précisé l’Ineris.

« D’une manière générale, on peut estimer en Bretagne la part de l’azote non agricole à 5% en moyenne, cette part pouvant dans certains cas monter entre 5 et 10% du flux sortant », expliquent les scientifiques Alain Ménesguen (Ifremer), Pierre Aurousseau (Agrocampus Ouest), Patrick Dion (Ceva) et Patrick Durand (Inra).

Un an après le déclenchement du premier plan algues vertes, demandant à l’agriculture des efforts conséquents, des éleveurs ont défilé au Space, un salon professionnel, avec des panneaux « Algues vertes : arrêtez vos salades », souhaitant pointer une responsabilité partagée.

Lors du premier bilan, en 2013, une dizaine d’opérateurs étaient certifiés bio pour une production d’environ 250 tonnes d’algues par an. Au total, la production française est aujourd’hui estimée à un peu plus de 70 000 tonnes par an.

Au coeur de l’été 2009, un cheval a succombé en l’espace d’une minute, enlisé dans une mare d’algues vertes. Son cavalier, lui, s’est évanoui. Soudain, ce dossier sanitaire a quitté les seules préoccupations bretonnes pour occuper la une des journaux nationaux et internationaux. Pourquoi cet accident, qui pourrait un jour se reproduire, a-t-il tant marqué ? Huit ans après, retour sur ces batailles feutrées.

Le 28 juillet 2009, alors que le chassé-croisé des juillettistes et aoûtiens bat son plein en Bretagne, un cavalier frôle la mort à Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor). Son cheval, enlisé dans les algues, succombe à un œdème pulmonaire en moins d’une minute, sans eau ni vase dans ses poumons. Vincent Petit, 27 ans, s’évanouit instantanément.