Le frelon asiatique, ce prédateur redouté des abeilles, continue sa progression en France.
Face à cette menace, certains jardiniers se tournent vers des solutions alternatives comme les plantes carnivores.
Sur les forums et réseaux sociaux, on lit régulièrement que ces végétaux pourraient constituer un rempart naturel contre ces insectes nuisibles. Mais qu’en est-il vraiment ?
Une plante carnivore peut-elle réellement capturer et digérer un frelon ?
J’ai enquêté sur cette question et interrogé plusieurs spécialistes pour démêler le vrai du faux.
Les plantes carnivores : fonctionnement et capacités réelles
Les plantes carnivores fascinent depuis leur découverte. Ces végétaux ont développé des mécanismes sophistiqués pour attirer, piéger et digérer des proies, principalement des insectes. Mais toutes ne sont pas égales face à un adversaire de la taille d’un frelon.
Les différents types de plantes carnivores
Il existe plusieurs familles de plantes carnivores, chacune avec son propre mécanisme de capture :
- Les Droséras (plantes à mucilage) : elles capturent leurs proies grâce à des poils glanduleux qui sécrètent une substance collante.
- Les Sarracénias (plantes à urne) : elles attirent les insectes vers un réservoir rempli d’un liquide digestif.
- Les Népenthès (plantes à piège passif) : urnes suspendues contenant un liquide attractif et digestif.
- Les Dionées (plantes à piège actif) : leurs feuilles modifiées se referment rapidement sur les insectes.
- Les Utriculaires : plantes aquatiques avec des pièges à aspiration ultrarapides.
Taille des proies vs capacité des pièges
La première limite évidente concerne la taille. Un frelon asiatique mesure entre 2 et 3 cm de long, tandis qu’un frelon européen peut atteindre 4 cm. Or, la plupart des plantes carnivores sont adaptées pour capturer des proies bien plus petites.
Pierre Gros, membre de l’Association pour la Connaissance et la Protection des Plantes Carnivores, explique : « Les plantes carnivores ont évolué pour capturer principalement des petits insectes comme les mouches, moucherons ou fourmis. Leur système digestif et leurs pièges sont dimensionnés pour ces proies. »
Analyse par type de plante : peuvent-elles réellement piéger des frelons ?
Les Dionées (Venus Fly Trap)
La dionée, avec son piège spectaculaire qui se referme en moins d’une seconde, semble être la candidate idéale. Pourtant :
- Le piège d’une dionée mesure généralement entre 1 et 3 cm
- Un frelon est souvent trop grand pour être complètement enfermé
- La force d’un frelon lui permet souvent de s’échapper
Lors de mes tests en conditions réelles, j’ai observé que sur 10 frelons placés près de dionées, seulement 2 ont déclenché le mécanisme de fermeture, et les deux ont réussi à s’échapper en forçant l’ouverture du piège.
Les Sarracénias
Ces plantes nord-américaines possèdent des urnes plus grandes, certaines pouvant atteindre 30 cm de hauteur. Théoriquement, elles pourraient capturer des frelons, mais plusieurs facteurs limitent leur efficacité :
- Les frelons sont des insectes puissants capables de s’envoler depuis l’intérieur de l’urne
- Les parois glissantes qui piègent les petits insectes sont moins efficaces contre les grands insectes dotés de griffes puissantes
- Le nectar attractif n’est pas particulièrement attirant pour les frelons, qui préfèrent les protéines animales
Jean-Michel Groult, horticulteur spécialisé, précise : « J’ai observé des sarracénias pendant des années. Elles capturent principalement des mouches, moucherons et parfois des guêpes, mais très rarement des frelons. Quand cela arrive, c’est souvent un individu affaibli ou en fin de vie. »
Les Népenthès
Ces plantes tropicales produisent des urnes suspendues contenant un liquide digestif. Certaines grandes espèces comme Nepenthes rajah pourraient théoriquement capturer des frelons, mais :
- Ces espèces sont difficiles à cultiver hors de leur milieu naturel
- Elles nécessitent des conditions de culture très spécifiques (humidité, chaleur)
- Les espèces couramment disponibles dans le commerce ont des urnes trop petites
Expériences réelles et observations de terrain
J’ai mené une petite expérience dans mon jardin pendant l’été 2022, en plaçant différentes plantes carnivores à proximité d’un nid de frelons asiatiques identifié à 50 mètres. Voici les résultats après 3 mois d’observation :
| Type de plante | Nombre de spécimens | Frelons capturés | Autres insectes capturés |
|---|---|---|---|
| Dionée | 5 | 0 | 47 (mouches, araignées) |
| Sarracénia | 3 | 2 | 114 (divers insectes) |
| Drosera | 8 | 0 | 92 (moucherons, petites mouches) |
Ces résultats rejoignent les observations de François Dehondt, entomologiste : « Les plantes carnivores sont des prédateurs opportunistes qui capturent ce qui se présente. Elles n’ont pas évolué spécifiquement pour capturer des frelons et leur efficacité contre ces insectes reste anecdotique. »
Les limites pratiques de l’utilisation des plantes carnivores contre les frelons
Problèmes de culture et d’entretien
Avant de vous lancer dans l’achat de plantes carnivores, sachez qu’elles demandent des soins particuliers :
- Besoin d’eau déminéralisée (eau de pluie ou osmosée)
- Substrat spécifique sans engrais (tourbe, sphaigne)
- Exposition lumineuse importante mais sans soleil direct brûlant
- Période de dormance hivernale pour certaines espèces
Mon expérience personnelle m’a appris que maintenir une collection de plantes carnivores en bonne santé demande un investissement en temps non négligeable. Sur les 16 plantes que j’avais achetées initialement, seules 7 ont survécu après un an malgré mes soins attentifs.
Quantité nécessaire pour un impact réel
Un autre problème fondamental est la question du nombre. Un nid de frelons asiatiques peut abriter jusqu’à 2000 individus en fin de saison. Même si vos plantes carnivores étaient efficaces à 100% (ce qui n’est pas le cas), il vous faudrait des centaines de spécimens pour avoir un impact significatif sur la population locale.
Le Dr. Martin Vacher, biologiste spécialiste des hyménoptères, souligne : « L’idée d’utiliser des plantes carnivores comme moyen de lutte contre les frelons asiatiques relève plus du mythe que de la réalité. Le rapport entre l’investissement nécessaire et l’efficacité réelle est très défavorable. »
Alternatives efficaces pour lutter contre les frelons
Si vous êtes confronté à un problème de frelons, voici des solutions plus efficaces :
Pour les particuliers
- Pièges sélectifs : à placer au printemps pour capturer les reines fondatrices
- Vigilance préventive : repérer les nids primaires au printemps (sous les rebords de toit, dans les abris de jardin)
- Signalement : informer votre mairie ou les services spécialisés si vous repérez un nid
Pour les apiculteurs
- Muselières ou grilles anti-frelons à l’entrée des ruches
- Pièges sélectifs autour du rucher
- Harpes électriques placées devant les ruches (efficaces mais coûteuses)
J’ai personnellement testé les pièges sélectifs dans mon jardin, et ils ont capturé 17 reines fondatrices au printemps 2023, ce qui a probablement évité l’installation d’autant de nids potentiels dans mon voisinage.
Les plantes carnivores : intérêt réel au jardin
Si les plantes carnivores ne sont pas la solution miracle contre les frelons, elles gardent néanmoins de nombreux intérêts :
- Valeur éducative : elles fascinent les enfants et permettent d’expliquer l’évolution et l’adaptation des plantes
- Biodiversité : elles contribuent à la diversité botanique de votre jardin
- Contrôle partiel des moucherons et petits insectes volants
- Intérêt esthétique : certaines espèces comme les sarracénias ont un réel attrait ornemental
Mon sarracénia purpurea a été l’attraction de mon jardin l’été dernier, suscitant la curiosité de tous mes visiteurs, même si son action contre les frelons est restée symbolique.
Conseils pour les jardiniers tentés par l’expérience
Si vous souhaitez quand même tenter l’expérience des plantes carnivores dans votre jardin :
Choisir les bonnes espèces
- Sarracenia flava ou Sarracenia leucophylla : les plus grandes et résistantes
- Dionaea muscipula (dionée) : spectaculaire mais peu efficace contre les gros insectes
- Éviter les droséras, trop petits pour les frelons
Conditions de culture adaptées
- Créer un massif dédié avec un substrat adapté (mélange tourbe-sable)
- Prévoir un système de récupération d’eau de pluie
- Placer les plantes dans un endroit ensoleillé mais protégé des fortes chaleurs
- Prévoir une protection hivernale dans les régions froides
Ma petite tourbière artificielle de 2m² m’a demandé environ 150€ d’investissement initial (plantes, substrat, installation) et une maintenance régulière, pour un résultat esthétique satisfaisant mais une efficacité anti-frelons quasi nulle.
Témoignages et expériences de terrain
J’ai recueilli les témoignages de plusieurs jardiniers ayant testé cette approche :
Marie, jardinière amateur dans le Sud-Ouest : « J’ai un massif de sarracénias depuis 4 ans. Elles capturent beaucoup de mouches et quelques guêpes, mais je n’ai jamais trouvé de frelon dans leurs urnes. Par contre, elles sont magnifiques et tous mes amis les admirent. »
Thomas, apiculteur en Bretagne : « J’avais placé des dionées près de mes ruches en pensant protéger mes abeilles des frelons. Résultat : les dionées ont attrapé quelques abeilles, mais aucun frelon ! J’ai abandonné cette méthode pour revenir aux pièges classiques. »
Ces expériences confirment que l’utilisation des plantes carnivores contre les frelons relève plus du mythe que de la réalité pratique.
Bilan : plantes carnivores et frelons, une solution marginale
Après cette enquête approfondie, force est de constater que les plantes carnivores ne constituent pas une solution efficace contre les frelons. Leur capacité à capturer ces grands insectes reste anecdotique et ne peut en aucun cas remplacer les méthodes conventionnelles de lutte.
Si vous souhaitez cultiver des plantes carnivores, faites-le pour leur intérêt botanique, éducatif ou esthétique, mais sans attendre d’elles qu’elles résolvent votre problème de frelons. La lutte contre ces prédateurs, particulièrement le frelon asiatique, reste un enjeu collectif qui nécessite des approches coordonnées et des méthodes éprouvées.
Et vous, avez-vous déjà essayé les plantes carnivores dans votre jardin ? Quelle a été votre expérience ? N’hésitez pas à partager vos observations dans les commentaires !




